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 Un jour, on s'entendra [PV Luca]

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MessageSujet: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Lun 18 Avr - 22:26

[SI SI ! >.<]

Je le lui avais promis. Je lui avais juré que tout se finirait mal pour lui s'il osait blesser Giuliana. Et Giuliana, depuis maintenant une semaine, était devenu un fantôme, avait perdu toute sa joie de vivre - ou je voyais bien que c'était un masque. Ses sourires abusaient peut-être les autres collègues, mais moi je connaissais trop bien sa folie débordante pour savoir lorsqu'elle était feinte. Et en ce moment, j'avais l'impression que ma meilleure amie était encore plus déprimée que moi.

Je n'avais eu droit à aucune explication de sa part, juste un « C'est fini » clair, net et précis qui signifiait clairement que je n'avais pas droit à la moindre question. J'avais beau savoir que jamais elle n'aurait eu ce tact avec moi, me harcelant jusqu'à ce que je lui dise ce qu'il en était exactement de mes problèmes, je m'étais contenu, je ne lui avais rien demandé. Giuliana était ainsi, c'était toujours elle qui gagnait au jeu de la volonté la plus exacerbée, mais je m'en fichais, peu m'importait. Elle l'évitait. Je voyais bien qu'elle l'évitait, et elle en souffrait. Alors c'était forcément lui qui avait rompu, n'est-ce pas ?

Au début, j'avais été en colère, terriblement en colère, et j'avais eu la ferme intention de lui montrer que j'avais été plus que sérieux le jour de notre rencontre quelque peu frappante. Et puis je l'avais croisé, et j'avais eu l'impression de me voir dans un miroir.

Je ressemblais vraiment à ça lorsque j'avais eu tous ces problèmes avec Norah ? Lorsque j'avais cru qu'elle m'avait trompé, puis que je lui avais rendu la pareille, puis que j'avais couru à sa poursuite à travers des boîtes de strip-tease, puis qu'elle m'avait demandé de lui prouver que je l'aimais en la laissant partir, puis... puis... La liste était trop longue et je n'avais pas envie de m'en souvenir. En tout cas, je me souvenais très bien que j'avais été au trente-sixième dessous pendant des semaines, proche de la dépression, et je n'aurais souhaité à personne d'être ainsi. Il s'avérait qu'être au trente-sixième dessous, c'était quelque chose qui se repérait de l'extérieur. Et parfaitement bien. Je n'avais plus eu envie de venir lui dire mes quatre vérités. A sa place, j'aurais haï qu'on vienne me mettre en face de ma culpabilité. j'étais assez grand pour m'en souvenir et me maudire seul à chaque seconde.

Je ne savais pas trop ce que je pouvais faire, mais j'avais envie de les aider, au fond. Ils étaient visiblement encore amoureux, pourquoi avaient-ils rompu ? Ça ne pouvait être qu'une suite d'incompréhensions comme pour Norah et moi. Des non-dits, je n'en savais rien. Mais je savais d'expérience que c'eût été un véritable gâchis de ne rien tenter. Norah et moi, on souffrait, toujours, mon épouse peinait encore à regarder notre lit sans revoir les formes de Satya, je le savais. Ça ne nous empêchait pas de parvenir à nous reconstruire, d'essayer au moins. Je prenais plus ou moins conscience du comique de la situation ; Leonardo Mancinelli s'essayant en conseiller conjugal... Ah, ah, ah.

C'était sans doute pour ça que je n'avais osé ni interroger Giuliana, ni aborder Luca. Je n'avais pas prévu qu'on se retrouverait seuls à une machine à café de l'hôpital, et à ce moment-là, les mots étaient sortis sans que je le décide vraiment. Si Luca aimait encore Giuliana, il pouvait cesser de souffrir ainsi, et de la faire souffrir par la même occasion, non ?

- Qu'est-ce qui s'est passé avec Giuliana ?

J'avais voulu être neutre, mais ma voix était compatissante, pas de cette compassion qu'on éprouve lorsque, au fond, on se moque un peu des problèmes de l'autre. Non, la compassion qu'on a quand on comprend parfaitement les affres de son interlocuteur. Je savais parfaitement ce que ressentait Luca en ce moment, peut-être encore mieux que ce que je croyais - les révélations à propos de la nature de sa compagne, j'avais donné dans le genre aussi, mais j'étais très loin de me douter du statut de Giuliana, évidemment.

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Mar 19 Avr - 0:36

Je vivais un cauchemar.

Sans elle, la vie n'avait plus la même saveur. Je ne pouvais pas rentrer chez moi sans la revoir, sans sentir son parfum, sans entendre son rire et ses moqueries sur ma maison trop grande. Elle avait envahi ma vie, mon quotidien et je ne parvenais pas à l'en chasser.

Contre toute attente, j'avais continué à travailler. J'étais complètement déboussolé, perdu, mais rester chez moi à tourner comme un lion en cage aurait été encore pire. Au moins pouvais-je penser à autre chose quand je travaillais. Sauf que je n'étais pas doué pour jouer la comédie et donner le change. Tout le monde voyait que quelque chose clochait. Je ne souriais plus, je ne plaisantais plus, je ne charmais plus. Je faisais un effort pour les enfants, mais c'était tout.

Et quand je rentrais chez moi, je ne pouvais plus repousser mes pensées. Que s'était-il passé? Comment avais-je pu me tromper à ce point sur elle? Et surtout : les vampires existaient-ils vraiment ou bien s'était-elle foutue de moi? J'étais un cartésien, un médecin, je ne croyais pas en tout cela, au surnaturel. Mais je m'étais surpris à faire des recherches sur internet et avais trouvé des choses troublantes. Cela expliquait tout. Mais mon esprit se cabrait devant l'impossible. Il renâclait à admettre que j'avais pu tomber amoureux d'une demie vampire.

Mais plus les jours passaient et plus cela devenait... acceptable. Et surtout, il y avait une évidence : malgré ma peur, mon dégoût, j'étais toujours amoureux d'elle. Son absence me pesait. Son regard pétillant, son sourire gourmand, notre complicité, nos éclats de rire, nos peines échangées... Tout cela me manquait. Et elle davantage encore. Je ne me sentais pas à l'aise dans ma vie si elle n'en faisait pas partie. Mais la partie rationnelle de mon être me hurlait de laisser tomber, de passer mon chemin, de ne pas m'accrocher à une fille qui buvait du sang humain.

Alors la nuit, je réfléchissais. Beaucoup trop. Mes nuits étaient trop courtes. Et je n'avais plus d'appétit. Je ne soignais même plus mon apparence. Cela ne manqua pas d'alerter mes collègues. Et les infirmières. Tout le monde savait que Giuliana et moi sortions ensemble et j'avais apprit qu'elle avait été une semaine sans venir travailler. Quand on me demandait ce qu'il se passait, je ne répondais pas, ou me contentai d'un laconique : c'est fini. Certaines tentèrent leur chance, sans succès. J'étais de nouveau libre, officiellement, mais mon cœur ne l'entendait pas de cet oreille. Et je n'avais pas le courage de faire semblant.

Alors que j'examinais une de mes patientes, une ravissante petite fille, malheureusement gravement malade, elle leva ses grands yeux bleus vers moi, posant sa petite main sur la mienne et me demanda pourquoi j'étais si triste. J'eus un petit sourire et lui répondis que c'était parce que j'avais rencontré un ange, mais qu'il s'était envolé sans moi. Le plus sérieusement du monde, elle m'a conseillé de l'appeler, pour qu'il revienne, parce qu'avant, j'étais plus drôle et qu'elle avait moins peur de venir à l'hôpital.

Voilà comment une petite fille de 8 ans vous ouvre les yeux. Violemment, sans fioriture, mais avec une justesse que les adultes ne connaissent pas.

J'avais besoin de prendre l'air. De me poser. Je quittai le service, droit vers la machine à café. Je dormais trop peu et j'avais besoin de rester éveillé. C'est là que je le croisais. Léo... J'étais étonné qu'il ne m'ait pas retrouvé avant pour me frapper. Il l'avait promis si je faisais du mal à Giuliana. Pourtant, quand il parla, ce ne fut pas pour m'agresser et je relevai la tête vers lui, méfiant. Qu'est-ce qu'il voulait? Je le sentais compatissant. Pas de moquerie, pas d'ironie. Juste de la sincérité. Je passai une main dans mes cheveux en soupirant :

- "Si tu es venu pour me casser la gueule, fais-le, mais ne te fous pas de moi, c'est pas le moment."

Mais il ne se fichait pas de moi. Je l'observai un instant, avant de reprendre, hésitant :

- "Elle ne t'a rien dit?"

Était-il au courant de son secret? C'était son ami, c'était logique, mais c'était quelque chose de difficilement avouable... Quelle avait été la réponse de la jeune femme... de demie vampire?

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Mar 19 Avr - 10:30

Je levai les yeux au ciel devant sa méfiance. Allons bon, j'essayais de faire des efforts et il démarrait comme ça ! Non, je n'étais pas venu pour lui casser la figure, mais ça pouvait évoluer. Je n'oubliais pas que Giuliana souffrait autant que lui - voire plus, c'était lui qui avait rompu, non ? Je ne savais pas encore pourquoi, mais je comptais bien l'apprendre. Pourquoi avoir rompu alors que ça crevait les yeux qu'il l'aimait encore ? J'eus un sourire ironique - faut croire que je n'arrivais pas encore à être totalement aimable avec lui - et soupirai :

- Si j'avais voulu te casser la gueule, je l'aurais fait il y a longtemps, tu ne crois pas ? Ça fait une semaine que Giuliana est invisible. Et le même temps que tu hantes les couloirs de cet hôpital comme une machine. Toi qui me disais que je ne devais pas bosser avec des gosses, ils doivent être servis en ce moment !

Je l'avais croisé avec des enfants. Il faisait au moins l'effort de sourire, un sourire pâle, triste, je l'entendais parfois rire à leurs tentatives de plaisanteries, mais c'était visible qu'il se forçait. Les plus petits s'y laissaient peut-être prendre, mais je doutais qu'il arrivât à donner le change aux plus grands, à partir de six ou sept ans. En plus, les enfants étaient souvent plus empathiques que les adultes, surtout concernant ce genre de peine.

Devais-je lui parler des affres que j'avais vécues ? Devais-je lui dire que je savais mieux qu'il ne le pensait ce qu'il ressentait, qu'il ne fallait pas qu'il gâche son histoire avec elle si tous deux étaient amoureux, quels que soient les obstacles ? Je savais que ce n'était pas si facile que ça, mais les obstacles qui s'étaient mis sur notre route, à Norah et moi, avaient aussi été sacrément élevés. Je ne pensais pas qu'avec Giuliana, simple, fraîche, cela puisse être si compliqué. Mais je ne savais pas comment m'y prendre. En temps normal, c'était bien plutôt moi qui avais besoin de conseils sentimentaux ! Et puis il penserait sans doute que je me moquerais de lui. Je savais qu'il savait que j'étais en procédure de divorce. Mais il ignorait certainement qu'elle était sur le point d'être annulée.

- Elle ne m'a rien dit. Elle a juste daigné m'avouer que tu avais rompu. J'avoue, au début j'ai pensé à venir la venger, preux chevalier attaquant le mal de sa belle à la racine. Mais franchement, quand j'ai vu dans quel état tu étais...

Je fronçai les sourcils. On en venait déjà au cœur du problème. Je posai la question qui m'intriguait tant :

- Pourquoi tu as rompu, Luca ? Tu es encore amoureux d'elle, c'est évident. Pourquoi quitter une femme que tu aimes ? Crois-en mon expérience, quels que soient vos problèmes, ça ne pourra qu'être pire après ça.

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Mar 19 Avr - 18:34

Non, il n'était pas là pour me frapper et je cillais devant son ton ironique. Avant de me décomposer quand il aborda le sujet des enfants. Pile le sujet sensible, celui qui venait de m'ébranler quelques minutes plus tôt. C'était bien là une façon de me faire perdre mes moyens, que je cesse d'être sur la défensive. Il avait raison, j'étais une sorte de fantôme depuis une semaine et Giuliana ne valait pas mieux que moi.

- "Je suis piètre comédien, je n'arrive à tromper personne, pas même les enfants. Surtout pas les enfants."

Ils sentaient ce genre de choses et avaient tendance à aborder le sujet avec un sérieux attendrissant et surtout, sans aucun complexe.

- "Une petite fille m'a dit quelque chose toute à l'heure qui m'a fait l'effet d'un coup de massue."

Mais cela resterait entre elle et moi. Cela ne suffisait qu'à abonder dans le sens de Léo : effectivement, je n'étais pas le meilleur médecin du monde en mêlant ainsi ma vie privée à mon travail. Mes petits malades en souffraient eux aussi et j'en étais le premier désolé.

Je lui demandais alors ce que Giuliana avait pu lui dire. Je ne voulais pas commettre d'impair. Elle ne m'avait pas confié son secret, je l'avais découvert (et cela faisait une énorme différence à mes yeux, elle n'avait pas eu confiance en moi), mais j'étais néanmoins loyal et je ne voulais pas la trahir. Je ne souhaitais pas lui pourrir la vie ou faire le vide autour d'elle. Je l'aimais trop pour cela.

- "Tu ne sais rien Léo."

Ma voix était blanche. Non, il ne savait rien, il ne pouvait pas comprendre et je doutais qu'il sache ce qu'elle était en l'entendant parler.

- "Je pensais la connaître et je me suis trompé. J'ai découvert quelque chose que je n'aurais pas du savoir... Elle n'avait pas assez confiance en moi pour m'en parler."

Mais avait-elle été en tort? Après tout, si elle me l'avait dit, comment aurais-je réagi? Mal... j'aurais ri, incrédule, avant de la regarder, stupéfait et de me demander si elle n'était pas folle. Et le résultat aurait été le même. Mais je l'aurais sans doute moins mal prit. C'était difficile à expliquer, mais j'étais blessé qu'elle n'ai pas eu confiance en moi. J'aurais sans doute rompu aussi, mais je serais revenu, parce que j'aurais pris conscience qu'elle m'aimait assez pour me confier cela et compter sur moi pour l'aider. Je me passais une main sur le visage, accusant la fatigue des nuits sans sommeil.

- "Je l'aime, c'est vrai, c'est bien la seule certitude qu'il me reste après tout ça. Mais je ne suis pas certain que cela soit suffisant..."

Je m'adossais à la machine à café, portant le gobelet à mes lèvres, machinalement.

- "Je pensais que tu serais heureux que nous rompions. Elle en souffre, mais cela passera et elle sera mieux sans moi, non?"

Je lui adressais un regard interrogateur, dépourvu de l'ironie mordante dont j'avais pu faire preuve avec lui jusque là.

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Jeu 21 Avr - 20:14

Je souris d'un sourire sans joie à ce qu'il me répondit. Dans une telle situation, c'était tellement difficile de faire comme si de rien n'était... Moi, je n'avais même pas essayé. Lui avait au moins le mérite de tenter de faire bonne figure auprès de ses jeunes patients, même s'il n'y parvenait pas. J'étais rarement attaché à des enfants, justement à cause de mon côté renfrogné, mais aurais-je fait les mêmes efforts si ç'avait été le cas. Comme ça, bien sûr, j'avais tendance à répondre oui, je n'étais pas un monstre non plus. Mais si je voulais être honnête avec moi-même, je devais m'avouer que finalement, j'aurais été bien trop renfermé sur moi-même pour seulement penser à les rassurer. Faire bonne figure, ce n'était pas mon truc.

- La vérité sort de la bouche des enfants. Ce n'est pas ce qu'on dit tout le temps ?

Tu parles, les enfants étaient de sales petits menteurs, mais en règle générale, cette phrase se révélait atrocement juste lorsqu'ils analysaient les sentiments des adultes les entourant, souvent bien naïvement. Ils étaient touchants d'ailleurs, mais blessants aussi, bien involontairement. Typiquement le genre de choses que je détestais, d'ailleurs ; il était tellement plus facile de se voiler la face...

Sa voix presque effrayée me surprit lorsqu'il m'affirma brusquement que... je ne savais rien. Au sujet de leur rupture ? Certes, c'était même pour cela que je venais le voir. Mais j'avais l'impression qu'il se cachait quelque chose de plus derrière cette affirmation. je fronçai les sourcils, sceptique. je ne voyais pas vraiment ce que Giuliana aurait pu lui dissimuler. En même temps, si elle avait pu le cacher à son petit ami pendant sept mois, ça n'avait pas dû être très difficile de me le dissimuler à moi, un simple collègue, pendant trois ans. On ne se connaissait pas depuis si longtemps que cela, même si elle était tellement envahissante que j'avais l'impression qu'elle était là depuis toujours.

Mais apparemment, je ne la connaissais pas si bien que ça. Et qu'est-ce que je ressentais, là ? J'étais... J'étais déçu. Je ne voyais pas quel quiproquo il y aurait pu avoir sur une quelconque cachotterie, surtout avec quelqu'un d'aussi fraîche qu'elle. Elle était la dernière à avoir l'air de mentir à son propos... Et finalement, c'était donc la plus à même d'avoir un secret sur lequel on ne pouvait se tromper si on le découvrait.

Déçu de quoi ? Qu'elle ne me l'ait pas dit ? Sans doute. Que Luca l'ait su avant moi ? Non, visiblement, elle n'avait pas tenu à ce qu'il soit au courant davantage que moi. Mais qu'est-ce qu'elle pouvait bien me cacher, finalement ? Giuliana tenait toujours à ce que je lui révèle tout de moi, sans jamais rien me dire sur elle. La liste pouvait être longue. Un petit rire nerveux m'échappa.

- Tu exagères, vraiment. Tu l'aimes encore et tu refuses de retourner avec elle simplement parce qu'elle n'a pas voulu t'avouer un secret ? C'est impossible. Qu'est-ce qu'elle te cachait donc de si grave ?

Ma voix était crispée aussi, malgré ma tentative ratée de parler de manière détendue. Je ne comprenais pas ce que tout cela impliquait, je ne voyais pas quel intérêt Giuliana aurait eu à cacher quelque chose à Luca, d'autant qu'elle n'était pas spécialement secrète. Même si, maintenant que j'y pensais, c'était plutôt qu'elle s'arrangeait pour qu'on ne pose pas de questions à son sujet. Un sourire sans joie étira mes lèvres :

- Je n'ai rien contre toi en particulier, tu sais. Je craignais juste que tu ne te serves d'elle et ne lui fasses du mal. Tu es en train de le faire, là, et je t'assure que la seule chose qui me retient est que je vois bien que ce n'est pas volontaire et que tu dois avoir une sacrée bonne raison. Mais, si vous ressentez l'un pour l'autre ce que je ressens pour Norah...

Je tournai machinalement mon alliance autour de mon doigt.

- Elle ne s'en remettra pas. Et toi non plus.

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Jeu 21 Avr - 22:22

- "Malheureusement si. Et ils n'ont pas la diplomatie des adultes."

La vérité nue pouvait faire mal. Les enfants ne comprenaient pas toujours pourquoi nous compliquions tout et nous mettions dans des états pas possibles pour des choses qui étaient, en fait, simples. Ma situation était simple : j'étais amoureux de Giuliana et j'avais envie d'elle, encore et toujours, malgré tout. Je n'avais pas menti en parlant d'ange... Un ange dans son comportement, mais un démon de par sa nature. Pourtant, l'avais-je jamais vu nuire à quiconque? Non. Elle était douce, compréhensive... Mais à la lumière de sa nature, je comprenais mieux sa réaction quand Léo et moi nous étions battus... Elle nous avait fui. Elle m'avait fui. A cause du sang? Mais elle en manipulait tous les jours du sang... Il n'y avait qu'une façon de savoir : discuter avec elle. Mais je n'y étais pas prêt.

Je lançai un long regard à Léo quand il dédramatisa la situation, me disant qu'elle ne pouvait pas le cacher quelque chose d'aussi grave que cela. Justement, si. Il n'avait pas idée à quel point. Mais il savait ce que c'était une séparation difficile et mon regard suivit le sien, sur son alliance. Je le savais en pleine procédure de divorce. J'étais passé par là déjà.

- "J'ai été marié des années... Et pourtant, ce que je ressens pour Giuliana n'a rien à voir avec ce que je ressentais pour mon ex-femme. Je ne regrette pas mon divorce, mais plutôt mon mariage avec une femme qui ne me correspondait pas. Avec Giu, c'est... c'était une évidence. C'était même trop fort, trop facile... J'ai été naïf de penser que cela pourrait être facile."

Je soupirai. Le café ne réussissait pas à me réveiller complètement. La fatigue s'abattait sur moi de façon trop violente à mon goût. Je bus de nouveau, avant de finalement, demander, jouant le tout pour le tout :

- "Comment réagirais-tu si toi, le cartésien, tu te trouvais confronté à des choses que tu pensais réservé aux contes de fées ou histoires d'horreur? Si tout ce que tu pensais acquis était subitement remis en cause?"

Je prenais le risque de trahir Giuliana, mais j'avais besoin de parler. De parler de ce truc dément. Quitte à passer pour un fou. Je pouvais toujours biaiser s'il cherchait à en savoir davantage. Dire que Giuliana m'avait parlé de vampires, sans l'incriminer. Sans dire qu'elle en était un. Enfin, à moitié. Léo allait me prendre pour un dingue.

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Jeu 21 Avr - 23:34

Je comprenais exactement ce qu'il me disait. Je le comprenais trop bien, même. Une évidence... Lui avait eu des histoires avant Giuliana, il s'était même marié - je venais tout juste de l'apprendre mais peu m'importait au fond - alors que pour ma part, je n'étais même jamais tombé amoureux. Je ne m'étais même pas abusé. C'étaient de petites histoires d'un soir, d'une semaine, un mois tout au plus. Mais quand j'avais croisé le regard de Norah...

Au départ, c'était juste une petite patiente, que j'étais le seul à tolérer et à soigner sans l'engueuler. C'était venu petit à petit, sans que je ne m'en rende compte. Mais quand c'était arrivé... Ç'avait été foudroyant, évident, tellement marquant que nous nous étions mariés sur un coup de tête et sans la plus petite hésitation tout juste quelques semaines après s'être connus. Cependant, ça n'avait jamais été facile, oh non.

- Si c'était toujours facile, ça se saurait ! Ce n'est jamais facile. Je vois trop bien ce que tu veux dire, ç'a été pareil pour moi. Maintenant, elle a décidé de me donner une deuxième chance, mais elle n'a pas stoppé pour autant la procédure de divorce, parce qu'elle ne veut pas risquer de recommencer les trois ans de zéro au cas où je referais un pas de travers. Et un pas de travers, avec son caractère, c'est si vite arrivé... Nous ne nous accordons pas, nous sommes l'inverse exact de l'autre. Pourtant, on s'aime à un point tel que ça devrait être interdit... Mais ça n'empêche que maintenant, c'est un combat permanent pour réussir à rester ensemble.

Je lui adressai un sourire triste :

- C'est tellement galère. N'empêche qu'à chaque fois que je l'embrasse ou que je la tiens contre moi... eh bien je me dis que le jeu en vaut très largement la chandelle.

Jamais je ne m'étais confié comme cela à quelqu'un. A part Giuliana, évidemment. Mais pour une fois, je ne me forçais même pas. Ça me semblait naturel de le lui dire ainsi. Ca me faisait aussi très bizarre de me retrouver à donner des conseils sentimentaux à quelqu'un, ceci dit.

Et puis, la bombe.

Je le fixai droit dans les yeux, totalement pétrifié. Mes neurones risquaient de surchauffer tellement je réfléchissais vite. Comment avais-je réagi ? J'avais trouvé toutes les explications scientifiques possibles et imaginables jusqu'à ce qu'on me mette en face de l'évidence. En fait non, je n'en avais pas eu le temps, mon instinct avait pris le dessus et j'avais compris avant même de l'admettre que Norah me disait la vérité. Mais après, en repoussant cette vérité, c'était ce que j'avais fait. Gabriel s'était sacrément foutu de moi d'ailleurs. Seulement ça, je ne pouvais pas tellement lui dire.

Bref, l'important n'était pas tant la réponse que le pourquoi de cette foutue question. Je répondis prudemment :

- Je ne sais pas. Je ne sais pas du tout. Des suppositions ou... des preuves claires que ce genre de choses existent ?

J'aurais dû rire, m'écrier que c'était stupide de toute façon, et que c'était bien impossible. Beaucoup trop sérieux, j'étais beaucoup trop sérieux. En même temps, il l'était aussi, et de fait, je savais que ce dont il parlait existait bel et bien.

Mais pas Giuliana. Pas MA Giuliana.

- Pourquoi ? Et quel rapport ?

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Jeu 28 Avr - 13:46

- "Je suis content pour toi qu'elle ai accepté de te donner une deuxième chance."

Même si, comme il le disait, avec elle, un faux pas risquait vite d'arriver. Il avait une épée de Damoclès au dessus de la tête et il n'avait pas intérêt à faire le con ou il la perdrait vraiment cette fois. J'imaginais la pression. Surtout que, comme il le soulignait, ils étaient différents. Trop d'ailleurs, ce qui amenait inévitablement des frictions. Pour ma part, je ne pensais pas que l'amour puisse passer outre de grosses différences. Trop de disputes, de prises de tête, de larmes. j'en avais fait les frais.

- "Mon ex-femme et moi n'avions en commun que la médecine. Cela n'a pas suffit à sauver notre mariage. Elle était davantage bureaucrate et à la recherche de la fortune et de la renommée, alors que je préfère m'occuper des patients, qu'importent les honoraires et le boulot fourni. Je voulais fonder une famille, elle voulait préserver sa carrière."

Je haussais les épaules. Je ne savais pas pourquoi je lui racontais tout ça. Il ne devait rien en avoir à foutre et je ne voulais pas le dissuader de continuer avec sa Norah. Ce n'était pas mon problème. Je continuai cependant :

- "J'étais résolu à profiter un peu de mon célibat tu vois. Sauf que Giuliana m'est tombé dessus, que j'ai succombé à son charme. Elle est lumineuse, joyeuse, simple, attentive, drôle et douce. Tout le contraire de mon ex. On a des centres d'intérêts communs, on aime les mêmes choses et on ne s'est pas disputé en plus de 6 mois."

J'étais accroc à elle, jusque dans ma façon de faire la liste de toutes ses qualités, de tout ce qu'elle m'apportait. Vous connaissez les âmes sœurs? Ben Giuliana ressemblait fort à mon âme sœur. On s'était trouvés et j'aurais voulu ne jamais la lâcher. Mais les choses n'étaient pas aussi simples. Je comprenais parfaitement ce qu'il voulait dire quand il parlait de l'embrasser ou la tenir contre lui. Trop bien même. et si Giuliana m'avait approché ce fameux jour, si elle s'était lovée contre moi, je n'aurais pas eu le courage de la repousser. Et ce qu'elle était n'aurait peut-être pas eu d'importance.

Pourquoi me confiais-je à Léo? Aucune idée... Il était seulement le meilleur ami de Giuliana et il avait prit sur lui de venir me parler, de tenter d'arranger les choses. J'avais besoin de ce soutien. Je n'avais pas d'amis ici et je n'avais pas envie de me confier à ma famille. Alors j'évoquais la possibilité que notre monde soit plus vaste que ce que nous pensions. Léo se figea. Je crus voir un moment la panique dans ses yeux, mais je devais rêver. Il devait me prendre pour un dingue.

- "Quand cela dépasse le besoin de preuves... Quand il ne reste plus que croire, malgré l'aberration."

Il ne se foutait pas de moi. Ne me riait pas au nez. Mais accueillait mes interrogations étranges avec un sérieux qui me mit mal à l'aise.

- "Giuliana..."

Je pouvais pas lui dire. Je ne pouvais pas la balancer comme ça, ce n'était pas loyal. Me mentir l'avait-il été? Non. Mais quand même.

- "Disons que j'ai récemment apprit que nous étions le dernier maillon de la chaine alimentaire. Et que les livres d'horreur avaient puisé leurs histoires sur la réalité."

J'eus un ricanement nerveux.

- "Je crois que je deviens fou."

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Mar 3 Mai - 7:21

Je me mordillais la lèvre, gêné, alors qu'il me parlait de son ex-femme, de son ancien mariage. Je n'aurais su dire pourquoi, mais cela me gênait vis-à-vis de Giuliana - pourtant elle était certainement au courant de cela étant donné que c'était elle qui l'avait soigné, alors pourquoi donc ne souhaitais-je pas entendre cela ? C'était de l'histoire ancienne, il le disait lui-même clairement. Il fallait croire que je n'étais peut-être tout simplement pas fait pour recueillir les confidences des autres. Néanmoins, je l'écoutai jusqu'au bout, sans le couper. Il décrivait exactement la situation à cause de laquelle je ne croyais pas en l'amour avant de rencontrer Norah. J'avais l'impression que tous les couples étaient comme ça, et je me trouvais très bien tout seul. Ses yeux noisette avaient balayé ça si rapidement...

Et quand j'entendais Luca parler de Giuliana, eh bien... j'avais l'impression de m'entendre en écho. Complimenter Norah, m'extasier sur l'amour foudroyant et évident qui nous était tombé dessus, je pouvais le faire pendant des heures et des heures sans jamais me lasser.

- Tu t'entends, Luca ? Tu t'entends parler d'elle ? Si j'avais le moindre doute sur le bien que tu pouvais lui apporter, tu aurais achevé de me convaincre. Tu es fou d'elle.

Comment la conversation a-t-elle bien pu dévier sur ce sujet ? Parmi tous ceux sans rapport avec ce dont nous parlions que nous aurions pu aborder, pourquoi CE sujet précis ? L'hôpital, depuis que j'avais appris l'existence des loups-garous, était devenu mon sanctuaire, un endroit où gens tombaient malades, avaient besoin de points de suture lorsqu'ils se coupaient, ne devaient pas être enfermés en cas de pleine lune et étaient en règle générale plus faible que les médecins. Et ce qui m'angoissait le plus était la façon dont il liait ces questions à Giuliana.

C'était impossible. Rigoureusement impossible. Mais du genre, c'était encore plus impossible que d'imaginer Norah se transformer en une créature meurtrière une fois par moi. Pas Giuliana. Giuliana était une fille normale, complètement hystérique certes, mais tout ce qu'il y avait de plus BANAL. Ce mot était devenu mon préféré depuis déjà un bout de temps. Pourquoi cet imbécile de pédiatre venait foutre la merde dans les cases de mon esprit que j'avais déjà eu tant de mal à réagencer après mon voyage à Amsterdam ?

- Arrête, tu ne deviens pas fou ! Simplement... Je me demande comment tu as pu apprendre une chose pareille. Qu'est-ce qui s'est passé ?

C'était assez fascinant, quand on y songeait. J'étais persuadé qu'il était au courant de l'existence de... quelque chose. Et je me doutais qu'il avait compris que je savais quelque chose également à propos du monde surnaturel qui se mélangeait à nous. Mais nous étions tellement logiques, tellement peu enclins à accepter cela, que même avec la conviction que l'autre connaissait ce monde, nous n'osions pas le dire franchement, de peur de passer pour un dingue.

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Jeu 5 Mai - 19:22

Je devais quand même être désespéré. Pour me confier ainsi à Léo... Alors que nous ne nous apprécions guère. Je n'étais pas du genre à étaler à ma vie aux inconnus. Franchement pas. Mais là... Je devais en avoir besoin et Léo était une oreille attentive. L'ami de Giuliana. Peut-être avais-je envie qu'il me comprenne et ne me juge pas comme un immonde salaud d'avoir rompu avec son amie. Je ne m'étais pas lassée d'elle, surement pas. Les quelques mois avec elle avaient été fantastiques. Avec elle, j'étais impulsif, inventive, cherchant sans cesse à la surprendre, lui faire plaisir. Les petits mots trainant chez moi ou dans son appart, comme un jeu de piste, avec un truc improbables au bout était l'un de nos jeux préférés. Et si j'avais été son premier homme, qu'elle s'était montrée timide lors de notre première fois, elle s'était ensuite rattrapée en se montrant coquine et joueuse, inventive et passionnée. Un régal en somme. Non, il y avait une alchimie entre nous, réelle.

Balayée par ce qu'elle était, ce qu'elle m'avait caché.

Les vampires... Non mais franchement, comment pouvais-je seulement accepter cette idée? Parce que j'avais eu des preuves de sa part. Si j'avais été moins lâche, je serais allé la voir pour discuter de ça avec elle, mais je n'y étais pas encore prêt. De peur de découvrir l'horreur. De peur de succomber à son regard et d'envoyer aux orties mes principes. Je me battais pour sauver des vies et elle se nourrissait de sang? Alors qu'elle était infirmière? C'était tellement improbable, fou...

Léo me fit alors remarquer que j'étais fou d'elle, il suffisait de m'écouter parler. Hélas oui. Cela aurait été tellement plus simple de l'oublier. Qu'elle ne soit qu'une fille comme les autres. Une comète, que j'étais oublié après avoir pris du bon temps avec elle. Mais mon cerveau ne pouvait pas dicter mon cœur. Cela aurait été trop facile.

- "C'est bien pour ça que c'est difficile."

Et je ne pus m'empêcher de glisser alors vers ce qui avait causé notre rupture : son lien avec le surnaturel. Avec les vampires. Sans pour autant l'avouer à Léo, mais en cherchant à savoir ce que lui, savait à ce sujet. Et j'avais l'impression qu'il se montrait... prudent. Au moins ne me taxait-il pas de folie et ne niait-il rien. Savait-il quelque chose? il semblait sérieux et quelque part, je ne savais pas si j'aimais ou pas ce fait. Il me croyait. Je compris en voyant son visage et son regard qu'effectivement, je n'étais pas fou. Et ce n'était pas davantage rassurant.

- "J'ai découvert un côté de Giuliana que je ne connaissais pas. Et qui ne m'a pas plu."

Je m'interrompis finalement, avant de reprendre, sans le regarder :

- "Je ne dirais rien de plus. J'en ai déjà trop dit. Je n'aurais pas du t'en parler."

Non parce qu'elle risquait de perdre un ami, par ma faute. Et je me sentais coupable de ce qui allait arriver. Parce qu'il irait surement la voir pour demander de quoi je parlais. Je pensais qu'il savait mais apparemment pas. Alors que savait-il d'autre?

- "Tu sais des trucs dans le genre ou je me trompe? Tu ne t'es pas foutu de ma gueule et t'as l'air de me prendre au sérieux..."

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Jeu 5 Mai - 21:32

Un côté de Giuliana, hein ? Cette fois, il avait été franc, clair, net et précis, c'était impossible de se tromper sur ce qu'il sous-entendait. Mais ça ne me plaisait pas du tout. Mon dernier rempart était en train de s'écrouler. Mon pilier, mon soutien. Giuliana était censée n'avoir AUCUN côté que je ne connaissais pas ! Enfin, surtout aucun côté qui ne me plaisait pas. Enfin, ne me plaisait pas de la manière que Luca insinuait. Ma Giuliana... Elle avait sans doute raison de dire que je la prenais pour ma mère, mais on peut toujours se fâcher avec ses parents, n'est-ce pas ? Ma gorge était nouée, et d'une voix glaciale, plus blessée que je ne l'aurais voulu, je répliquai :

- Non, c'est elle qui aurait dû m'en parler.

Mon monde s'écroulait de nouveau. Alors, c'était quoi, cette fois ? Elle ne pouvait être un loup-garou, malgré la connaissance de Gabriel - qu'elle m'avait affirmé avoir rencontré par hasard, mais maintenant je trouvais ça un peu trop beau. J'avais déjà été de garde avec elle à l'hôpital un soir où Norah était en vadrouille, doux euphémisme pour dire qu'elle se transformait en bête sanguinaire dans un coin désolé pour limiter les dégâts. Mais alors quoi ? Ça me titillait sans que je remette le doigt dessus. Quelque chose en rapport avec Gabriel. Et puis brusquement, tout me revint. Cette tirade, je m'en souvenais encore par cœur. Elle s'était imprimée au fer rouge dans mon esprit. Il m'avait dit très exactement « Maintenant, accroche-toi bien. Attention, révélations : les loups-garous et les vampires existent. Alors bien sûr, tu peux penser qu'on se fout de ta gueule, qu'on est aussi complètement dérangés, à toi de voir ce que tu préfères, mais en tous les cas Norah t'a dit la vérité. »

Les vampires.

Sur le coup, je n'y avais pas prêté attention. J’avais eu assez à faire avec la première créature sortie des contes fantastiques. Mais maintenant, je m'en souvenais très bien. C’était impossible. Giuliana ne pouvait pas être un vampire, pas vrai ? Je tentai de retrouver des souvenirs. Comment étaient les vampires ? Ils vivaient la nuit. Raté. Ils buvaient du sang. Bon, elle l’aurait sans doute pas fait devant mais elle mangeait normalement aussi. OK, le bénéfice du doute sur ce point. Ils étaient immortels. Ah ben ça, j’en savais rien... Selon les légendes, ils étaient soit très beaux, soit très laids. Giuliana était belle. Très belle. Bien plus belle que la moyenne. En somme, rien ne me permettait d’affirmer qu’elle était réellement un vampire, non ? Je recommençais à me voiler la face. Je fis la grimace à la question de Luca. Ce serait donc moi qui devrais me coller aux révélations fracassantes, mais je n’en avais guère envie, et puis je me voyais mal déclarer de but en blanc « Ma femme est un loup-garou ! » Une moue déprimée sur les lèvres, je soufflai :

- Eh bien... Pour faire simple, on va dire que j’ai connu ce que tu as vécu. Je veux dire, ta femme, enfin, ta copine, bref, peu importe, qui te révèle tout à coup des choses que tu aurais mieux aimé ignorer toute ta vie.

Je marquai une pause.

- Ou savoir dès le début de votre relation. Je ne suis pas encore très bien fixé sur ce point.

Je le fixai intensément. Je comprenais qu’il ne veuille pas me le dire, mais j’avais besoin de savoir.

- Luca, je t’en prie, dis-moi ce que tu as découvert sur elle. C’est vraiment important. S’il te plaît.

Je ne voulais pas rester dans l’expectative, or je ne voulais pas aller la voir et lui demander la vérité. Mais au fond, qu’est-ce que cela changerait si Luca me disait ce qu’il en était ? J’irais l’engueuler pour m’avoir caché une chose pareille ? On se sent toujours floué d’avoir été lésé d’une vérité si importante. Mais à leur place, leur aurions-nous dit cette vérité ?

Giuliana. Ma Giuliana, un vampire... Je me refusais à y croire tant qu’on ne me l’aurait pas avoué franchement, de la bouche de Luca ou de celle de l’intéressée.

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Dim 8 Mai - 10:42

- "Peut-être... Je ne sais pas. Elle a du craindre de te perdre."

Comme elle m'avait perdu quand j'avais découvert la vérité. Pourquoi étais-je parti? Parce que j'étais trahi, ou parce que la vision qu'elle m'avait offerte allait au delà de ma capacité à accepter? Si elle m'en avait parlé, qu'aurais-je fait? Comment aurais-je réagi? Mal, sans aucun doute. J'aurais ri, l'aurais prit pour une folle, avant d'être horrifié. Comme ce qui s'était passé. Sauf que là, j'avais eu un choc assez brutal quand même. Léo n'aurait surement pas mieux accepté que moi. Quoique... Sa réaction était assez étrange. Comme s'il savait lui-même des choses. Pas concernant Giuliana, mais ce monde là ne lui était pas étranger. Il était humain comme moi, hein? Oui, je l'avais frappé et il avait saigné. Comme il avait mis du temps à cicatriser, comme n'importe qui. Giuliana ne pouvait pas être blessée. Léo était humain. Mais il savait des choses.

Et je voulais en avoir le cœur net, aussi interrogeais-je à mon tour. Une question qui ne lui plut pas, au vu de la grimace qu'il m'offrit, mais ça, franchement, je m'en foutais pas mal. Il voulait des réponses et moi aussi. Échange de bons procédés. Il consentit à répondre, de façon un peu sibylline, mais qui me renseignait si je l'interprétais bien : sa femme qui lui avait caché ce qu'elle était et qu'il avait apprit de façon brutale. Qu'il aurait aimé ignoré, ou voulu savoir plus tôt. Je le regardais, interdit.

- "Norah aussi?"

Merde... Mais je nageais en pleine troisième dimension là... Sa femme aussi était un vampire, ou un truc dans le genre? Cela expliquait qu'il n'avait pas eu l'air si surpris que cela quand j'avais parlé de créatures surnaturelles. Mais il y en avait tant que cela dans le coin? Dans le monde? Je travaillais peut-être avec eux sans même le savoir. Flippant. Il m'implora alors de lui dire ce que je savais sur Giuliana et je fermai les yeux. Je l'avais assez trahie comme cela. Mais il saurait, non?

- "J'ai appris... que les vampires existaient. Et qu'ils pouvaient faire des enfants."

Voilà. A lui d'en tirer ses conclusions. Je n'avais pas clairement avoué ce qu'elle était. Mais je sous entendais fortement qu'elle faisait partie des enfants. Je me pris la tête entre les mains, avant de me laisser glisser le long de la machine à café, m'asseyant par terre, déprimé.

- "Je n'aurais pas du t'en parler. Je l'ai trahie... C'était pour ça qu'elle ne voulait pas me le dire. Et pour ne pas que je la fuis comme la peste. Elle avait raison."

Elle avait eu raison de ne pas me faire confiance.

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Jeu 12 Mai - 15:19

Évidemment qu'elle ne me l'avait pas dit par crainte de me perdre, au-delà du fait de risquer d'être prise pour une dingue bonne pour l'asile - encore que cela c'était une très mauvaise excuse, il ne leur était guère difficile de nous prouver que c'était bel et bien la vérité, grâce à leur force surnaturelle, leurs sens surdéveloppés, leurs capacités inhumaines. Seulement je considérais cela vraiment blessant. Ils se considéraient tous comme des monstres. Était-ce être un monstre que de pouvoir courir plus vite qu'un humain lambda ? Bon, concernant les loups-garous, c'était autre chose évidemment, mais enfin, ils n'étaient pas obligés non plus d'attendre patiemment la pleine lune en plein milieu d'une ville blindée de touristes et de noctambules ! En dehors de cela, ils étaient pareils que nous. Et pourquoi les aurions-nous soudainement rejeté sous prétexte de cette vérité ?

J'adorais Giuliana. Si elle m'avait dit ce qu'elle était dès le début, j'aurais été choqué, bouleversé, mais je ne m'en serais pas pris à elle. Il fallait juste nous laisser le temps d'assimiler la vérité. Bien sûr que Gabriel était plus impressionnant depuis que je savais ce qu'il était, bien sûr que les colères de Norah prenaient un tout autre sens, mais Norah, je l'aimais toujours autant. Et Gabriel, eh bien... Je lui faisais toujours confiance. Tant bien que mal. Étrange paradoxe d'avoir obstinément confiance en quelqu'un dont on se méfie également. Finalement, c'étaient eux qui ne nous faisaient pas confiance...

Je fis la moue sans répondre à sa demande interloquée, mais l'expression de mon visage parlait pour moi. Oui, Norah aussi, mais qu'il ne compte pas sur moi pour lui révéler les détails. Bon, d'accord, moi je les lui avais demandés, mais après tout il n'était pas obligé de me répondre. Je fus complètement soufflé lorsqu'il me confirma mes soupçons. Un vampire. Enfin, plutôt un rejeton de vampire d'après ses allusions, même si je ne voyais pas bien la différence entre les deux. Je poussai un long soupir.

- Tu ne l'as pas vraiment trahie. Ce n'était pas la même chose, j'étais déjà au courant de ce l'existence de ce monde. Je ne l'aurais pas su, jamais tu ne me l'aurais avoué. Les circonstances sont particulières.

Je me demandai soudain si Norah était au courant pour Giuliana, et vice-versa.

- Et elle a eu tort aussi en pensant que tu la fuirais comme la peste. Parce que ce n'est pas ce que tu fais. Enfin si, mais tu vas arrêter. Tu vas aller lui dire que tu as mal réagi, que tu as réussi à assimiler la vérité, que ça ne te pose pas de problèmes et que tu l'aimes toujours. Enfin, si c'est le cas, évidemment. Mais ne passe pas à côté d'elle juste pour ça, Luca, tu y perdrais trop gros.

J'esquissai un faible sourire en lui montrant mon alliance.

- Regarde, moi j'y arrive bien. Pourquoi pas toi ?

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MessageSujet: Re: Un jour, on s'entendra [PV Luca]   Jeu 12 Mai - 22:45

Il ne me répondit pas concernant sa femme, mais son expression était éloquente. Je pris ça pour un oui. Je me demandais qui était humain finalement. Si ça se trouvait, j'étais une espèce en voie de disparition dans même le savoir et je côtoyais tous les jours tout un tas de loup-garous, de vampires et je ne sais quoi d'autre de surnaturel. Pincez-moi, je rêve. Je déplorais d'avoir trahie Giuliana. Léo essaya bien de me rassurer à ce sujet, mais peine perdue. Sans moi, il n'aurait peut-être jamais su pour elle. Ou il l'aurait su autrement. Mais je n'aurais pas été incriminé. Je me sentais mal vis à vis d'elle.

Alors, il prononça des paroles qui trouvèrent un écho en moi, parce que c'était exactement ce qui me taraudait depuis des jours. Il les proférait à haute voix, ces pensées qui m'avaient agité. En effet, j'avais envie d'aller la trouver, de lui dire que je l'aimais, que je me fichais de ce qu'elle était. Léo avait raison. Et je m'enfermais dans mon orgueil en refusant de faire le premier pas vers elle. Peut-être ne nous remettrions-nous pas ensemble, mais au moins, tout serait mit à plat sur la table. Léo parlait d'expérience, il me montra son alliance, m'encourageant à le faire. J'eus un petit sourire, pas vraiment de joie, mais pas aussi déprimé que toute à l'heure non plus.

- "Pourquoi en effet..."

Je me relevai alors, m'étendant, avant d'ajouter :

- "Ça me fait mal de l'admettre, mais tu as raison, sur toute la ligne. J'irais la voir. Ça ne suffira peut-être pas, mais ce sera un début."

Je lui tendis la main, avant de terminer, sincère :

- "Merci. Elle a de la chance de t'avoir pour ami... Juste... S'il te plait, ne réagis pas comme moi, elle ne supporterait pas de te perdre toi aussi."

Qu'il ne lui jette pas à la figure ce que je lui avais dis, ce qu'elle avait caché. C'était surement un vœu pieu, connaissant le lascar, mais il était trop tard pour rattraper ma bourde maintenant.

- "Je dois y aller, ma pause est terminée."

Je le saluai et le laissai là, soudainement moins abattue qu'en arrivant. j'avais une nouvelle résolution, un nouveau but et cela suffisait à me porter, malgré mon monde chamboulé et mes repères piétinés.

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