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 Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]

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Jade Volturi
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MessageSujet: Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]   Ven 31 Juil - 19:53

Ô Toi, mort amoureuse
Qui viens de tes caresses
Dévaluer mes belles promesses
En une parade langoureuse

Aie pitié d'une pauvre immortelle
Qui n'a pas désiré devenir telle
Que l'on croyait pure, douce et belle
Aie pitié de moi, le démon damoiselle.

Je voulais aimer, j'ai détesté
Je voulais apaiser, j'ai torturé,
Je voulais aider, j'ai tout empiré,
Je voulais être heureuse, j'ai été désabusée.

Ô Toi, mort amie, mort aimée,
Qui désire par ses mots doux
Me faire renier absolument tout,
Ne t'embarasse point de me tenter !

Tue-moi, maintenant, d'un dernier, éternel, avide baiser...


O))

La fenêtre était ouverte, ils étaient entrés. Ces occidentaux sont vraiment des inconscients. Ils passèrent chacun leur tour entre les longs rideaux de tulle, qui flottaient autour d'eux comme des nuages en tissu, enfermés dans un sérieux silence. Tous n'étaient pas tranquilles - même si aucun d'entre eux ne l'admettrait, ils avaient tous en tête, en un écho répétitif et menaçant, les rumeurs qui parcouraient le village. Ils connaissaient les légendes sur les magnifiques humains à la peau très blanche, aux yeux étranges et à l'appétit insaisissable. Comme quoi c'étaient des suceurs de sang, des vampires. Ils n'auraient su dire s'ils y croyaient ou non. Le plus jeune avait dix ans ; le plus vieux, dix-sept. C'étaient tous des gaillards solides, élevés à la dure, bruns et basanés, calculateurs et malins. Il n'empêche qu'il y avait toujours cette petite voix, ou plutôt, cette grosse voix grave, qui leur disait qu'ils ne devaient pas faire ça, qu'ils allaient y rester, qu'ils verraient la mort devant eux, et qu'ensuite, ils allaient mourir...
Mais ce n'était qu'une, voix n'est-ce pas. Et il y avait une immense villa vide d'occupants sous leur nez, pleine d'objets très chers que personne n'utilisait. De plus, ils avaient souvent vu la femme au village. Le meneur, le plus âgé, se mit à fouiller en silence en glissant des objets dans sa besace. Il n'avait jamais osé l'approcher. Ou plutôt, ELLE ne s'était jamais approchée. C'était une très, très belle dame aux cheveux rouges. Rouge vif, rouge étincelant, qui faisaient de très jolies boucles. Ses yeux étaient orange, orange, quelle drôle de couleur orange. Parfois ils tiraient sur le rouge, parfois ils étaient presque jaune. Les petits disaient que le soleil se couchait et se levait dans ses yeux. Elle riait, elle souriait. Quelque chose chatouilla les entrailles du jeune garçon et il secoua la tête, chassant la culpabilité qui lui nouait le ventre. Les enfants étaient attirés par elle comme par un aimant. Elle venait tous les trois jours environs, elle jouait avec eux, elle leur racontait des choses. Les parents avaient d'abord été horrifiés, puis méfiants, puis s'étaient habitués. Eux par contre se tenaient à distance ; ils la laissaient et elle leur fichait la paix. Il se demanda pourquoi lui n'avait jamais pu la faire rire, ou sourire. Elle avait un si beau sourire... Il serra les dents. Rageur, l'adolescent enfonça avec rage un précieuse statuette en porcelaine dans son sac, qui se brisa sous le choc. Il n'y prêta aucune attention. Il y en avait des tas autour, et ce n'était pas à lui. Tant pis.
La bibliothèque qu'ils dévalisèrent étaient presque aussi grande que leur village, mais, conscients de l'aubaine, ils voulurent visiter d'autres pièces. La voix était très basse dans leur tête quand ils pénétrèrent moins silencieusement dans le couloir. Au mur, des chandeliers, des tableaux tous rouges. L'un d'eux s'attarda sur le dessin, ralentit. Puis il accéléra brusquement, les joues et le corps en feu, la voix hurlant dans sa tête. Il ne fit pas demi-tour.
La porte qu'ils ouvrirent ensuite ne donnait pas sur une pièce remplie de bibelots. Pourtant, aucun d'entre eux ne fut pas figé sur place par la beauté et l'étrangeté de ce qu'ils avaient devant les yeux. Une large pièce ronde, chapeautée d'un dôme imposant. A leurs pieds, un escalier en bois, accompagné d'une estrade de la même sorte de bois, d'un brun sombre et luisant. Un velours rouge invitait à y marcher. Le long des murs, chutant vers le sol telle une cascade de pierre, des marches ou des gradins de marbre vermillon piqueté d'or. La décoration, d'un baroque sublime, était toute de rouge, d'or et de bois sombre. Le dôme étaient en verre, et pendait en son centre un lustre de petites pierres rouges étincelantes. Juste en dessous, en une ligne invisible, se tenait un piédestal rond, en bois, sculpté. On aurait cru un autel sortant d'un flot écumant de sang. Le plus jeune ne put résister à l'envie d'aller voir se qui avait été jeté par terre. Il ramassa des feuilles. Des dizaines de feuilles. Il ne savait pas lire les langues qui y étaient parlés, mais il devina et leur usage et l'usage de la pièce. C'était un endroit pour chanter. Et ces papiers jetés dans en désordre, c'étaient des chansons. Les garçons ne restèrent pas longtemps dans la pièce : une ambiance lourde, hostile les rendait tous horriblement mal à l'aise. Ils sortirent un peu précipitamment, claquèrent presque la porte et cherchèrent un autre endroit où aller (ou la sortie). Ils commençaient tous à respirer très fort, à grimacer et à marcher vite quand ils se figèrent.
L'un d'eux avait remarqué une tâche sur le sol. Une longue, sinueuse tâche sombre qui se faufilait sous une porte. Comme si on avait traîné quelqu'un...
Terrorisés, les adolescents se mirent à courir dans le couloir, ce couloir qui paraissait ne pas avoir de fin, avec des virages des portes des portes partout - un rai de lumière. Là, une porte qui laisse passer de la lumière. Pourquoi celle-là, aucune idée, ils y foncent en claquant tout et pleurant presque, ils ouvrent et ils y rentrent en soupirant de soulagement. Pauvres papillons aveuglés par la lumière...
Un profond silence les enveloppa ensemble de sa souple courtine, immédiat et impérieux. Un halètement échappa à l'un d'entre eux, il fut foudroyé du regard. Quelqu'un dormait, voyons !


- On s'en va ? murmura quelqu'un, sans quitter des yeux ce qu'il regardait.

Personne ne lui répondit. L'un d'entre eux chercha chez ses compagnons une quelconque réponse, un autre se tourna avec lenteur vers la porte - vérifiant qu'elle était toujours là, sans doute. L'air était chargé d'arômes lourds, violents ou pernicieux, et la poussière leur piquait les yeux. Le plafond était en partie en verre, une ouverture sur le ciel, un ciel turquoise puisqu'il faisait beau ce jour-là. La lumière tombait en un gai torrent, inondant la pièce de sa clareté et de sa chaleur, et pourtant il faisait sombre, et pourtant il faisait froid. Leurs souffles timides exhalaient des nuages fantômatiques qui s'évanouissaient dans l'ombre. Leurs mains se durcissaient, leurs doigts se refroidissaient, ils remuèrent avec gêne à cette sensation désagréable. Il y avait peut-être d'autres fenêtres ? Si c'était le cas, alors elles étaient voilées. Deux vieilles armoires d'un bois noir, de l'ébène peut-être, s'alignaient telles des montagnes sur le mur à droite ; l'une d'elle était grande ouverte, vidée de son contenu, contenu qu'on avait arraché, jeté, porté aussi, car les petits tas informes deci delà n'étaient pas déchirés, juste froissés. L'autre était fermée. Les murs étaient couverts de boiseries tout aussi sombres ; au sol un coûteux tapis bleu et or, flaque d'eau miroitante sur la terre lisse du parquet. Lui était plein d'étoiles, alors que l'étagère qui couvrait le mur du fond était plongée dans l'obscurité. On y devinait des formes vagues, l'éclat du cristal, ou d'un métal, des bijoux aussi, peut-être. Une aubaine, auraient dû penser les gamins. Aucun ne le fit. Ils regardaient tous, obstinément fascinés, le lit immense qui appuyait la tête sur le mur de gauche et posait les pieds sur le grand tapis. Ce lit à baldaquin, comme dans les contes, dont les tentures de riche tissu d'un bleu profond étaient retenues par des cordelettes dorées. Les draps étaient blancs, la couverture de soie d'un bleu pâle.

- Tu crois qu'elle dort ? osa susurrer l'un d'entre eux.

La lumière n'éclairait pas son visage, la cascade d'or s'arrêtait à sa gorge.
Les pieds nus étaient propres, lisses et blancs, des pieds de danseuse voltigeant en secouant ses foulards, immobiles et dépourvus de parure. La corps allongé sur le dos était dans une position couchée sensée être détendue, pourtant il était on ne peut plus raide, droit et durci, tel une statue mortuaire qu'on aurait sculpté dans la pierre au-dessus de la tombe. La robe qu'elle portait descendait jusqu'à ses chevilles, en un chatoiement de pourpre précieuse, s'évadant jusqu'à effleurer le sol au bas du sommier. Ses bras étaient pliés, ses mains posés sur sa poitrine. Enserrant fermement quelque chose. Quoi ? Le garçon qui avait parlé se haussa sur les orteils, aperçut un éclat doré. Il hésita. L'atmosphère était pesante, presque étouffante, d'une douceur empoisonnée. Il remarqua alors qu'on avait mis des fleurs un peu partout. Certaines jetées par terre, d'autres sur le lit, certaines coincées dans les rainures du plafond ou du parquet. Quel étrange jardin de fleurs fanées ; des étranges fleurs qui s'appelaient des roses, d'un rouge passé, des violettes desséchées, un bouquet d'orchidées blanches et de lilas mauve encore intact. Les roses pendues la tête en bas avaient séché, et conservé leur fragile beauté. L'enfant avala sa salive dans une énième tentative d'humidifer sa gorge. Peine perdue, sa bouche avait déjà compris ce que lui ne faisait que se cacher. L'enfant se décida, avança prudemement.

- Arrête ! souffla le plus âgé en lui attrappant la manche. T'es complètement fou ?
- Je veux voir ce qu'elle a dans les mains, c'est tout, s'obstina l'autre, buté.
- Laisse-là tranquille, tu vois pas qu'elle dort ? Et puis même si elle dort pas, tu ne touches à rien ! On aurait jamais dû venir ici ! Allez, maintenant, on s'en va !

Il avança à grandes enjambées jusqu'à la porte, et s'apprêta à saisir la poignée quand le garçon poussa un cri étranglé.
Il se retourna, suivit la direction montré par son doigt tremblant, et vit ce que l'obscurité avait jalousement gardé à leurs yeux innocents. Deux formes sombres. Une grande et une plus petite. Déterminé à rassurer le gamin terrifié, le jeune homme revint en arrière et toucha du pied la forme. Il la poussa, elle se retourna dans un bruit mat. Une odeur douceâtre et infecte à la fois lui assaillit les narines. Un type en costume noir déchiré, les lunettes brisées et l'oeil brumeux, leur offrit sa grimace d'horreur. Ils le reconnurent pour l'avoir déjà vu au village ; c'était un américain qui essayait d'acheter des terrains ou des maisons, téméraire et insolent, et qui avait eu l'ambition de faire de la jungle une paisible forêt. L'adolescent retint sa respiration pour retourner l'autre - il n'en eut pas besoin. L'homme cette fois n'était pas un étranger. Au contraire, il le connaissait bien. Le jeune homme se mit à trembler, des larmes échappèrent à son contrôle, il poussa un long gémissement. Sa mère avait souvent dit que son frère, avec sa curiosité galopante, se perdrait lui-même... Furieux tout à coup, il se redressa, rejoignit les autres et poussa le gamin. Il avait délicatement écarté les mains glacées, qui s'étaient laissées faire, et ouvert le lourd médaillon. Il pleurait doucement - il avait souvent joué avec Jade, il l'aimait bien, et aujourd'hui elle était morte avec ces gens - mais il fut rejeté sans autre forme de procès.


- Salope ! beugla l'adolescent, fou de rage. Salope, c'est toi qui les as bouffés, hein ? Je le savais, je le savais que t'étais pas claire ! T'es pas morte j'en suis sûre ! Ou alors j'espère pour toi que tu l'es, parce que -

Il ne put achever sa tirade. S'étant approché du lit, et penché au-dessus du visage caché, il voulut se relever mais en fut incapable. Il porta les mains à sa gorge, gratta l'étau d'acier qui lui enserrait la trachée, griffant de la pierre, la chair très vite à vif. Sa bouche émit un gargouillement peu avenant lorsque l'emprise se ressera, sans pitié. Sa vue se troubla un moment et puis il l'aperçut enfin : son visage...
Toujours aussi belle, oh, bien plus belle que dans son souvenir, ses cheveux toujours aussi rouges, sauvages corquelicots étalés sur l'oreiller. Ses lèvres étaient d'un écarlate flamboyant, son menton si blanc était aussi tâché de vermillon. Elle avait les yeux ouverts, grand ouverts (étaient-ils fermés auparavant ? il n'aurait su le dire) mais, envolées les pétillantes clémentines. A la place des iris orangés, une brume rougeâtre avait envahi les prunelles familière. Les nuages blancs brouillaient le peu de couleur qui restait encore - un vampire qui ne boit pas assez de sang pour vivre le sait, le sent et son apparence s'en ressent. Elle ne souriait pas, elle n'exprimait rien qu'un infini sérieux, presque du dégoût et du mépris. L'adolescent sentit une vague de désespoir l'envahir. Il le comprit à la seconde où la main de neige apparemment fragile se ressera avec force sur le médaillon, le fermant tandis que l'autre se concentrait sur son cou. Un cri, un dernier, troubla le silence, et puis ce même silence vola en éclat.

Quelques minutes plus tard, il était revenu, se cristallisant en une coquille translucide tel de l'eau se changeant en glace. C'était comme si rien ne s'était passé. Après tout, rien n'avait changé. Si ? Oh, si peu. Deux cadavres d'adolescents se tordaient sur le parquet, pas une seule goutte de sang ne tâchant le beau parquet, leurs yeux grands ouverts et la bouche surprise. Un autre avait la tête enfoncée dans le drap, à côté de sa hanche, un bras couvrant ses cuisses et l'autre ballotant au sol. Tombé là flasque poisson mort. Les deux plus petits sanglotaient. Ils étaient blottis contre la femme rouge et blanche, épargnés et rassurés. Jade les serra contre elle, sans un mot, sans un sourire, sauvant les plus jeunes dont elle n'avait pas envie de leur sang. Elle cligna des yeux, et ses yeux revinrent fixer le plafond. Ils étaient d'un rouge vif, vide mais vif, et bientôt seraient de nouveau emplis de nuages. Les gamins consolés essayèrent de se retirer sans bruit, pour ne pas déranger la statue raidie. Ils échangèrent un regard, et grimacèrent de désespoir. Quelle ironie ! Ils étaient condamnés à un sort bien pire que leurs amis. A jamais prisonniers des bras protecteurs, endormis dans un sommeil de douleur, peuplé de rêves de pierre... Leurs pleurs firent tinter quelque temps la chambre poussiéreuse, et puis les araignées furent les seules à remuer dans cette maison. Maison silencieuse, palais des horreurs, tombeau du bonheur...

((O

Je n'ai plus la force, plus l'envie de continuer. Je n'ai même pas le goût de me tuer.
Je vais donc me figer et dormir, pour l'éternité...
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Vlad Dracul
    Coule dans mes veines comme un poison mortel.

Coule dans mes veines comme un poison mortel.

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MessageSujet: Re: Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]   Sam 1 Aoû - 19:01

    Dracula était parti depuis un mois. Il avait quitté Jade pour se mettre plus que jamais à la recherche de son fantôme. Mais par où commencer ? Il avait d’abord erré trois jours sans destination fixe, avec pour seule compagnie son esprit tourmenté, puis avait soudain décidé de retourner sur sa terre natale, la Valachie – qui deviendrait plus tard la Roumanie. Le 21ème siècle offrant certains modes de transport bien pratiques qui n’existaient pas au moment où Vlad quitta l’Europe pour l’Amérique, le voyage ne dura pas deux semaines mais une poignée d’heures en fendant le ciel. Il débarqua à l’aéroport de Bucarest en pleine nuit, et décida de poursuivre son chemin à pied. Cela faisait près de 570 ans qu’il n’était pas revenu ici, et fouler ces terres si changées ne lui faisait remonter aucun souvenir. Si le climat était toujours le même, le paysage, lui, avait bien évolué. Les habitations et les immeubles, les commerces et la pollution avaient remplacés les champs et les forêts, les grignotant toujours un peu plus chaque année. Certes, la verdure était toujours présente, mais cela paraissait bien infime au vu des souvenirs du vampire.

    Il arriva dans sa ville natale et ne la reconnut que grâce à un panneau d’une agence touristique qui indiquait son ancien nom. « Visite guidée autour de la légende de Dracula – prix renseigné à l’intérieur » était inscrit en dessous, et Vlad, non sans esquisser un sourire moqueur, entra dans l’agence. De nombreux touristes étaient déjà massés en petit groupe, et un guide annonçait le départ vers le château. Dracula se demanda ce qu’il en restait, paya sa place parmi les humains et suivit le mouvement. Il s’amusa des remarques du guide en laissant échapper de temps en temps un petit rire, alors que l’humain contait les histoires du prince de Valachie, érigeant des « forêts de piques en bois de 15 centimètres de diamètres » sur lesquels étaient empalés nombre de « pauvres âmes », dans des « bains de sang atroces ». Les touristes jetaient des regards au vampire à chaque fois qu’il se moquait. Lui connaissait la vérité, et elle était bien pire que ce que ce jeune humain racontait.

    Ils arrivèrent enfin au château, et Vlad fut étreint d’un sentiment étrange à la vue de la magnificence qu’il dégageait encore aujourd’hui. Le guide invita les touristes à entrer et les fit monter tout d’abord dans une tour. Le vampire reconnut celle où se trouvait sa chambre, mais ne put se résoudre à grimper les escaliers de fer spécialement installés là pour la visite en raison de l’usure du précédent en pierre. Il resta donc en bas, le regard vagabondant alentour, essayant de se remémorer chaque détail avec une réelle nostalgie. Il se demanda ce qu’il fichait là, pourquoi ses pas l’avaient amené à son ancien domaine. Il ne trouverait pas celle qu’il cherchait ici. Il s’assit sur un vestige de pierre et attendit que les touristes redescendent. Il pouvait entendre ce que disait le guide de là où il était, mais n’y prêtait guère attention, n’écoutant que d’une oreille lointaine. Ce fut une phrase de l’humain qui attira toutefois son attention et le figea en une statue de glace :

    - …l’Histoire prouvera que Vlad Tepes ne fut pas un vampire, juste un prince un peu trop ambitieux et axé torture. Cependant, ce que les Historiens ne s’expliquent pas, ce sont les dires de ce journal, retrouvé dans les décombres du château lors d’une fouille il y a une vingtaine d’années. C’est sans doute le journal de bord du prince, dans lequel il marquait aussi bien ses états d’âme que ses décisions politiques. C’était vraisemblablement un moyen mnémotechnique – il faut en effet savoir que le prince était souvent sujet à des crises d’oubli…

    Vlad se leva et grimpa les marches pour rejoindre les humains massés en haut de la tour, dans la pièce circulaire qui avait il y a bien longtemps regorgé de richesses et dans laquelle il avait abandonné son humanité. Il fixa le guide qui montrait un cahier ancien sous verre, protégé derrière une vitrine, parmi d’autres anciens objets, coupelles, plumes, vases. Il reconnut la reliure rouge et or, l’écriture fine et penchée qui était la sienne. Il avait en effet écrit quelques lignes dans ce journal, après sa transformation, lorsqu’il ne maitrisait pas encore pleinement son don et qu’il l’utilisait parfois sans s’en rendre compte : suivaient alors les immanquables oublis. Si ces humains avaient retrouvés ce cahier si dument caché avant que Vlad migre dans une autre contrée, ils étaient fichtrement doués.

    - …ce qui ressort le plus de ce journal, ce sont les interrogations paranoïaques du prince, la recherche désespérée d’une femme qui l’avait ensorcelé d’amour. Ce fut d’ailleurs de cet amour que le prince décéda quelques années plus tard.

    Stupide humain, songea Dracula, je ne suis pas mort, j’ai fait croire à ma mort pour avoir la paix ; afin que les sbires Volturi perdent ma trace et qu’ils cessent de m’enquiquiner à vouloir me faire rejoindre leurs rangs.

    - Il est complètement obsédé et ne cessera d’envoyer des missionnaires à la recherche de la mystérieuse femme, décrite comme « l’ange aux yeux pourpres » par le comte lui-même. Elle ne fut bien évidement jamais retrouvée, bien que des pistes aient étés envisagées dont une menant en Italie, véritable berceau vampirique selon les légendes.

    Les humains eurent quelques petits rires et des « woah » discrets, passionnés par le récit du jeune guide qui se délectait de son effet, surtout sur cet homme à la beauté étrange qui avait soudainement eu l’air d’avoir avalé une chaussette à cette annonce.

    Le vampire était en fait en train de faire mille petits liens dans son esprit, établissant un véritable parcours, éclairant des détails restés dans l’obscurité depuis le début, comprenant certaines choses. L’Italie. Les Volturis. Leur fougue pour qu’il rejoigne leurs rangs dès sa transformation. Dracula sourit de toute ses dents, fit peur au guide par la même occasion – il faut dire que ce sourire avait l’air plus carnassier qu’autre chose – et disparut dans les escaliers sans même faire chanter le fer.

    Il courut nuit et jours jusqu’en Italie, jusqu’à Volterra, jusque chez ses ennemis. Aro lui-même l’accueillit avec un grand sourire, disons presque à bras ouverts avec une familiarité ayant pour but de le détendre (« Dracula, mon vieil ami ! » s’était-il permit ; « Depuis l’incident Maria Stella, je n’ai plus eu de nouvelle de toi ! » avait-il clamé avec un sourire presque indifférent au massacre de cette vampire ; « Je suis bien surpris de te voir ici, qu’est-ce qui t’amènes ? » avait-il finalement susurré d’un ton doucereux après les échanges de politesses, et une fois qu’ils se soient assis autour d’une table). Vlad avait joué le jeu d’Aro, mielleux, amical, comme s’il en avait toujours été ainsi entre eux, comme s’il ne les avait pas repoussés et humiliés et parfois tués juste pour leur montrer qu’il ne voulait rien avoir à faire avec les Volturi. Cette dernière question le fit se pencher un peu plus en avant, et un grand sourire s’installa sur son visage d’ange.

    - Ah, Aro, je viens de loin. Vois-tu, je suis allé faire un petit pèlerinage à Bran (nom du château de Dracula), et je me suis dit qu’il serait aimable, pour finir mon petit périple historique, de vous rendre visite.
    - C’est en effet une très bonne idée, tu es toujours le bienvenue ici, mon grand ami, avait répondu Aro, laissant à Dracula le soin de poursuivre – car le buveur de sang était bien évidement certain que Dracula ne venait pas ici dans le simple but de leur passer un petit coucou.

    Vlad l’avait remercié de son hospitalité puis avait dévié la conversation sur les problèmes qui sévissaient en ce moment dans le monde.

    - Ah, s’était exclamé Aro, il est vrai que les hybrides nous posent problème, et ne parlons pas des loups-garous !
    - Je vis en ce moment en Indonésie, et je n’ai pas encore croisé un seul hybride.
    - Cela ne m’étonne pas, ils sont très difficilement repérables, et bien que leur nombre augmente ces temps-ci à cause du Créateur, ils sont encore peu nombreux. Nous avons lancé un plan d’action dès maintenant, mais c'est que nous préférons arrêter ce vampire qui se prend pour Dieu avant qu’il mette son plan à exécution – je doute qu’il ait entreprit cette peuplade dans le seul but de s’octroyer un peu de bon temps avec des humaines ! (Aro lâcha un petit rire) Enfin, je te raconte là des choses qui ne concernent que les Volturis, acheva-t-il avec un clin d’œil. Dis-moi, mon cher Vlad, tu n’es tout de même pas venu jusqu'ici pour parler hybride ? Voudrais-tu que je fasse quelque chose pour toi ? demanda innocemment Aro mais avec un regard entendu.

    Vlad esquissa un sourire.

    - Eh bien, comme je suis ici, il est vrai que je pourrais en profiter pour te poser une petite question…
    - Je t’écoute, encouragea son interlocuteur.
    - Je me demandais, il n’y a pas si longtemps, qui avait pu être ma créatrice… (Vlad regarda intensément Aro, celui-ci ne broncha pas) …et peut-être es-tu au courant de son identité… ?

    Aro sourit, et avec un « eh bien… » se pencha en avant, tendant les doigts au dessus de la table pour toucher le bras de Dracula, qui préféra retirer sa main avant le contact – connaissant le don du vieux vampire.

    - Aro, mon esprit n’appartient qu’à moi, taquina Vlad.
    - Oh bien sur, oui, se rétracta innocemment Aro.

    Comme il n’enchainait pas, Vlad se redressa :

    - Alors ? Tu n’as pas une petite idée ?

    Aro esquissa lentement un sourire.

    - Ah, Vlad, Vlad… Même si je savais ça, je ne pourrais te le dévoiler… Ce sont là les affaires des Volturi… Seuls ceux qui font partie de nos rangs ont le droit d’être au courant… susurra Aro, faisant miroiter le chantage auquel Vlad s’attendait.

    Cela ne l’empêcha pas de serrer les dents. Pour connaître l’identité de celle qui le possédait, il devrait rejoindre les Volturi et mettre de côté plus de 500 ans de refus ainsi que son ego surdimensionné. Cependant, il ne pouvait faire autrement. Alors, avec un sourire, il lâcha :

    - Très bien, Aro. Je souhaite rejoindre vos rangs.

    * *
    *

    Vlad caressa du bout des doigts la porte de bois de la demeure. Il inspira une bouffée d’air et fit glisser sa main jusqu’à la poignée, qu’il tourna. La porte s’ouvrit sur l’entrée, invitant le visiteur à y pénétrer. Le vampire marcha jusqu’à l’une des portes qui ornait le mur de droite et la franchit, entrant dans un couloir. Il continua tout droit, tourna à gauche, franchit une autre pièce et poursuivit jusqu’à une dernière porte devant laquelle il s’arrêta.

    Il savait qu’Elle était derrière. Il se demanda comment elle allait l’accueillir, après tout ce temps. Il posa la main sur la porte et apprécia sous ses doigts les veinures du bois. Finalement, il l’ouvrit d’une poussée et ne fut pas surpris par ce qu’il y vit : des cadavres dont l’odeur s’était sentie même de l’extérieure. Et surtout, surtout... Jade.

    Elle était couchée sur le lit, la tête relevée vers le plafond. Vlad considéra son état avec un pincement désagréable. Elle était toujours aussi jolie, ses longs cheveux s’épanouissant autour de son visage, soulignant la blancheur de sa peau. Seulement, ses traits, bien que toujours identique, n’étaient plus ceux de la Jade que Vlad avait abandonnée. Elle ne souriait pas, ses yeux étaient clos comme si elle s’était endormie d’un sommeil sans rêve. Vlad fit glisser son regard vers les jeunes indonésiens, par terre, tordus, et pour la première fois sentit un malaise à cette vue. Jade, c’était Jade qui avait fait cela ? Qui avait tué de sang froid ? Cela ne lui ressemblait tellement pas… Ne lui avait-il vraiment suffit que d’un mois pour se métamorphoser autant ?

    De chaque coté de son corps, sur le lit, se trouvaient deux enfants, chacun enserré d’un bras. Leur souffle régulier indiqua au vampire qu’ils n’étaient pas morts – pas encore – mais dormaient. Leurs traits à eux étaient crispés, leurs songes devaient êtres peuplés d’êtres blancs et magnifiques. Vlad s’avança dans la pièce jusqu’au bord du lit. Ne sentait-elle pas son odeur ? Pourquoi restait-elle ainsi figée ? Croyait-elle rêver ?

    Vlad posa sa main sur la bouche de l’enfant le plus proche de lui, qui se réveilla en sursautant mais ne put crier, ses lèvres étant scellée par les doigts du vampire. Posant un index sur ses propres lèvres, Dracula lui fit signe de se taire. Le regard de l’enfant s’apaisa. Vlad ôta sa main et fit le tour du lit pour réveiller de même l’autre indonésien. Dracula ne pouvait laisser ces deux jeunes sortir ainsi, après ce qu’ils avaient pu voir. Il fit le tour de la pièce du regard et s’approcha d’une commode, dont il ouvrit le premier tiroir. Il en sortit un morceau de papier et un crayon. Il nota quelque chose, garda le papier dans les mains et revint vers les enfants. Il les dégagea chacun leur tour des bras de Jade, qui restait toujours aussi immobile, et posa ses mains derrière leur tête pour les faire sortir de la pièce, puis de la maison. Une fois à l’extérieur, il les regarda tous les deux dans les yeux, puis leur murmura d’une voix qui ne laissait aucune autre possibilité :

    - Vous n’êtes jamais entrés dans cette maison, et vous n’avez jamais vu ce qu’il s’y est passé.

    Les enfants hochèrent la tête, le regard soudain vide, puis détalèrent. Vlad ferma les yeux, se concentra, mais ne parvint pas à lutter contre l’oubli fatidique qui sévissait toujours – ou presque – après l’usage de son don. Lorsqu’il rouvrit les yeux, il regarda autour de lui, perdu, reconnut sa demeure d’Indonésie, puis sentit entre ses doigts la douceur d’une feuille de papier. Surpris, il la lut puis laissa échapper un petit rire. Levant les yeux de son compte rendu des 10 dernières minutes écoulées, il eut juste le temps d’apercevoir au loin les deux enfants qui s’éloignaient en courant. Il fit demi-tour et rentra chez lui.


Dernière édition par Vlad Dracul le Lun 3 Aoû - 12:27, édité 1 fois
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Jade Volturi
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MessageSujet: Re: Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]   Dim 2 Aoû - 18:42

[Mais euh, quand est-ce qu'on aura droit à la vérité sur sa créatrice ! XD]

- Jade, j'aimerais que tu m'éclaircisses.

J'ai quinze ans, je suis dans le jardin et je regarde Lucas et Gabrielle jouer au tennis. La voix de mon père me fait me retourner, et sourire pour l'accueillir, mais son ton a tôt fait de me désabuser ; ce n'est pas pour m'offrir des madeleines qu'il est venu me parler. C'est l'été, le soleil est chaud et généreux, je dois plisser les yeux pour pouvoir voir convenablement mon interlocuteur. Il a l'air courroucé. Cela ne me plait pas. Je n'aime pas quand mes proches sont contrariés. Derrière ses lunettes ses yeux sont dépourvus des nuages et des étoiles habituelles. Je referme doucement mon livre - Les Fleurs du Mal, d'un poète français que l'on m'avait proposé à l'école - et me lève. Gabrielle baisse sa raquette, penchant la tête sur le côté comme nous le faisons aussi ma mère et moi, quand nous jaugeons quelqu'un, et reçoit une balle de tennis en pleine tête. Tandis qu'elle se jette sur un Lucas hilare en le houspillant, je rentre dans le salon et fais glisser la fenêtre derrière moi. Le son est coupé, et je peux voix mon frère et ma soeur se chamailler dans un parfait silence.

- Tiens, qu'est-ce que tu lis ? dit-il en montrant mon livre d'un signe du menton.

Un sourire ravi aux lèvres, je le lui approche du visage - il recule en grimaçant avec dégoût.

- C'est ça qui t'absorbe depuis deux jours ? fulmine-t-il.
- Je trouve que c'est de la très belle poésie, murmure-je avec insistance mais douceur. Je suis désolée qu'elle ne te plaise pas.
- De l'horreur convertie en mots, de la dépravation littéraire, crache-t-il. Et moi qui m'étonnais, qui pensais que c'était une erreur.

Mon père est d'un naturel gentil, calme et rêveur. Il est rare qu'il s'énerve, ou qu'il soit intolérant. Je le regarde sans comprendre, déçue et triste.

- De quoi parles-tu, papa ?
- De ton poème.

Silence. Ma mère ou ma petite soeur auraient détourné les yeux, mordu leurs lèvres et auraient avoué regretté ce délire fantasmagorique. Je ne le fais pas. Je me durcis, je sens l'injustice et l'agacement monter en picotements sur ma peau. Il prend une feuille sur la table et la tend, du bout des doigts, sous mon nez. Je la lui prends d'un geste violent, qui le fait sursauter. Durant un instant, son visage se trouble devant le durcissement de ma bouche et la lueur de mes yeux, mais il se reprend.

- Tes goûts artistiques laissent fort à désirer, jeune fille. J'ignore de qui tu tiens ça. Nous t'avons pourtant bien élevée, ta mère et moi.
- Ah, parce qu'il faut lire des comptines et chanter des prières pour être une fille "bien élevée" ?
- Jade, tu es irrespectueuse. Arrête, s'il te plaît...
- Papa, jamais je ne...
- Jade... (il soupira) Parfois, je me demande si je te connais vraiment.

Nouveau silence. Outrée, je recule d'un pas en serrant plus que jamais mon poème et mon livre.

- Comment peux-tu me dire des choses pareilles ? Nous sommes tous différents, noirs ou blancs, timides ou aventueux, art ancien ou art moderne ! Ce n'est pas parce que tu n'aimes pas Baudelaire que je te suis étrangère !
- Ecoute ta voix. Regarde-toi. Ce n'est ni ta mère, ni moi, ça. De qui tiens-tu, qui es-tu... Je m'interroge de plus en plus souvent. J'aimerais croire que c'est l'adolescence qui t'a ainsi transformée...

Ce fut le moment que choisit ma mère pour entrer dans le salon. Ses cheveux blonds ondulés, encore longs à cette époque, bondissent sur ses épaules, son tailleur sage lui sied comme un gant, son "bonjour !" enthousiaste. Un soupir atteint mes oreilles. Soulagement ou agacement ? Je l'ignore. Je lutte contre les larmes.

- Et bien, mon coeur, ça ne va pas ? Il lui est arrivé quelque chose, Alan ? Viens, viens dans mes bras.

Je m'y jette. Son odeur de fleurs douce et maternelle me fait du bien, baume mon coeur brisé. Que mon père n'aime pas mes livres, mes poèmes, soit. Qu'il me renie...

- Tu ne devrais pas la materner ainsi, Johanna. Elle va avoir quinze ans, et ce n'est plus... Une enfant.

La petite femme blonde me caresse les cheveux, me berce et m'embrasse le front. Elle lance un regard perdu à son époux.

- Pourquoi dis-tu ça ? Si ma fille est triste, c'est mon devoir de la consoler, non ? N'est-ce pas mon ange, ajoute-t-elle à mon intention.

J'acquiece en la lâchant. Tournée vers le mur.

- Si vous vous êtes disputés, je vous aiderai à vous réconcilier... Allez, je sais que vous en mourrez d'envie. Venez et embrassez-vous. Regardez comme Gaby et Lucas s'inquiètent ! Ils se font du souci pour vous.

Le silence et les visages fermés qui lui répondirent, je m'en souviens, la troublèrent à peine. Ma mère ne comprenait pas, ne voyait pas, ne pouvait pas comprendre et encore moins voir. Ces souvenirs désagréables et révélateurs, que j'avais oublié très vite et enfoui à ma transformation, ressurgissaient à présent.
A présent que tout n'était plus que ressassement. A présent que je n'avais plus de futur, que je vivais par conséquent dans un éternel et morbide présent. Sans mort au bout, sans fin quelconque.

Si j'avais dormi, on n'aurait pas pu dire que je rêvais. Ni même que je souffrais. Oh, j'avais dépassé le stade de la souffrance. Plus rien ne m'atteignait.

Ma rencontre avec Blake m'avait offert trois jours de sursis. Trois tendres jours où, inquiète et attentive, elle avait pris soin de moi et s'était attachée à me tenir la tête hors de l'eau. Seulement, comment voulez-vous sauver de la noyade quelqu'un qui n'a qu'une envie, se gorger d'eau jusqu'à en déborder ? Je ne voulais pas oublier, ou juste mettre de côté, ma dépression était devenue une obsession, plus collante que la poix, et tellement plus nauséabonde... Obstruant les veines de l'amour, enfermant mon coeur de glu noire, embuant mon cerveau de nuages sombres. Je compris très vite que tous les efforts de cette nouvelle amie seraient vains ; d'une promesse arrachée, j'obtins d'elle qu'elle ne se mit pas à ma recherche. Que si un jour, par quelque impossible miracle (qui je le savais, n'arriverait pas), je reprenai goût à la vie, ce serait moi qui la retrouverai. Sinon, rien ne devait la pousser à chercher ma retraite. Qu'y trouverait-elle ? Déception, douleur et échec. Elle accepta, je la quittai avec mes dernières étincelles de lucidité et d'affection. La maison m'apparut en me déchirant le coeur, y enfonçant un peu plus la pourriture de la gangrène. J'y entrai, me réfugiai dans la bibliothèque ; y étouffant devant la paisible, l'harmonie, l'odeur familière des lieux, j'ouvris la fenêtre. Ceci ne me satisfit pas, je sortis à grands pas et filai dans mon défouloir. Dans l'espoir (stupide, minuscule, bref espoir) de chasser la tornade de souvenirs heureux qui venaient d'affluer à la vision des lieux aimés, je me mis à chanter. Mon répertoire, pourtant si vaste, me déçut, me parut simplet et minable. Rien ne me plaisait, ne m'attirait, ne me correspondait. Je balançai tout avec rage, et dans mon désespoir remarquai que je n'arrivai plus à produire que des sons déchirants. Même lorsque j'y mettais toute ma volonté, ma voix se tordait dans des symphonies de femme abandonnée, furie, déception, désespoir et chagrin mêlés. Je chantai durant un jour et une nuit entières, essayant de me briser la voix, pour m'en priver ou m'absoudre, je n'en savais rien. Lassée, l'acide de la dépression menaçant de me rendre folle, je finis par chercher un meilleur asile.
Je vous épargne le récit de ma tristesse, le son de mes sanglots invisibles, la vision de mon corps prostré sur le seuil. Cette chambre... Une des nombreuses autres chambres de la villa, mais pourquoi celle-là bon sang, pourquoi avait-il fallu que je tombe sur celle-là ?
Les souvenir vinrent, cruels, saler tendrement mes blessures...

Il y eut quelques heures de divagation effrénée, où je rassemblai les fleurs de toute la maison, en cueillai dehors, en accrochant partout, obsédée par le rouge et le mauve ; où je vidai d'armoire de l'être aimé, me saoulai honteusement de son odeur, portai ses vêtements en me roulant en boule sur le tapis ; où je déchirai les chemises et défonçai la porte du meuble. Et puis tout retomba, ne laissant plus en moi qu'une désolation empreinte de lassitude.
Pourquoi s'énerver, s'agiter dans tous les sens ? Je n'étais plus ni sous la pluie, ni dans la boue, et aucune femelle vampire ne viendrait me tirer de ma folie galopante. Je n'avais qu'à me laisser aller. Me suicider ? Je lançai un regard ambigu au chandelier que je distinguai dans le couloir, par la porte encore ouverte. Inutile. C'était fatiguant, et je n'avais pas envie de jouer la comédie du grand désespéré honni. Non, je garderai ma souffrance pour moi, je respecterai ma promesse de ne plus jouer avec le feu, je me perdrais dans ma douleur... Pour l'éternité. J'enfilai ma robe préférée, celle que je ne mettais presque jamais, que j'aimais toucher chaque jour avant de m'habiller -avant - et jetai mes vêtements boueux par la fenêtre, que je calfeutrai avec un meuble. Je n'avais pas envie de voir les alentours. Seule la lumière du plafond... Pour éclairer mes péchés ? Si on veut. Mon père aurait secoué la tête. Il n'aimait pas les hyperboles, le sang, les passions, la destruction. Il aimait la simplicité, la bonté, la paix. Il n'avait rien fait et n'avait parlé à personne d'autre qu'à moi pour garder soudée et unie sa belle famille. Comme j'aurais aimé le voir, en cet instant... Je trouvai le médaillon en or à sa place, sur l'étagère, et le passai à mon cou. Son infime poids me fit comme un second coeur à porter. Mensonges ou pas, différences ou pas, ils m'avaient donné vie m'avaient protégée m'avait aimée. Eux ne m'avait jamais abandonnée. Ils m'accompagneraient donc, avec justesse, dans l'immortalité du sommeil...

Deux fois seulement, je remuai. La mobilité était toujours désagréable, l'impression de flottement était tellement plus supportable que la vigueur apportée par le sang frais. Mon abstinence m'avait rendue hypersensible à l'odeur humaine, ce qui m'empêcha de me rendre compte de ce que je faisais avant d'avoir bu mon comptant d'hémoglobine. Il y avait comme une brûlure, un trouble, un grand fracas silencieux. Une force nouvelle, une vie hésitante ronronnaient dans mon corps. Je ne voyais même pas leurs visages. J'ignorais combien j'en avais tués. Mon instinct prenait le pas sur la conscience, me nourrissant par devoir alors que je m'y refusais. Le monde était devenu un interminable rêve, rêve hurlant, déchirant, humiliant parfois, mais le songe m'était devenu indispensable. Me perdre dans ma mémoire était plus agréable d'affronter la réalité, ressasser mes souvenirs les plus horribles m'était plus doux que le réel où IL m'avait abandonnée.
Rien, rien ne semblait pouvoir me distraire de ce coma désiré.

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Jade Volturi
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MessageSujet: Re: Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]   Dim 2 Aoû - 18:43

(suite ^^")

Seulement voilà, on ne choisit pas toujours son Destin. Parfois il s'impose à nous et nous embarque, sac de patate protestant sur son épaule. Je ne protestai pas. D'ailleurs je ne savais même pas ce qui se passait.

J'étais avec Vlad, en train de crapahuter dans la jungle, comme nous le faisions souvent. Il me parlait de l'Amérique du Sud, il m'imita la dégaine des mafieux chiliens, il se moqua de l'incapacité du gouvernement en Colombie face aux forces terroristes. Je l'écoutais, ma main perdue dans la sienne. Comme toujours, le souvenir était brumeux, et mes sentiments à son contact brûlaient comme des tisons enflammés. Et puis, ce qui n'était pas prévu dans ma contemplation lascive, Vlad s'arrêta. Interloquée, je fis de même.

- Et donc ? lui dis-je, attendant la suite.

Il ne me tenait plus la main, je voulus m'approcher de lui pour comprendre ce qui n'allait pas - il me devança et avança d'un pas.

- Qu'est-ce que tu mijotes ? lui demandai-je d'un ton mi-amusé, mi-agacé.

Il me regarda d'une façon très étrange, fixant mes bras, mes cheveux, évitant mes yeux. Son manège était si incompréhensible que je ne l'interrompis pas. Qu'aurais-je fait, d'ailleurs ? On ne peut pas changer les souvenirs. Les rêves, eux, n'en font qu'à leur tête... Dans les deux cas, j'étais ballotée par ma mémoire ou mon subconscient.
Vlad posa un doigt sur sa bouche, regardant un point dans la verdure. Sidérée, je n'osai rien dire. Qu'est-ce qui lui prenait ? Il prit mes bras, très délicatement, entre ses doigts et les écarta.

- Mon amour, je vais finir par me poser des questions, tentai-je.

Pas de réponse. Le vampire blond se brouilla un peu plus, comme s'il s'évaporait, et je m'affolai en cherchant à le toucher ; impossible, on ne touche pas les fantômes. Il se troubla, esprit tremblotant, et je m'affairai à essayer de sentir sa présence entre mes doigts. Mon acharnement, mes appels, ma candeur ne servirent à rien. Il disparut.

- REVIENS !

J'aurais voulu crier, un souffle bas sortit de ma bouche. Une douloureuse impression de vivant s'empara violemment de moi, comme si j'étais revenue de la mort. Il me fallut quelques secondes pour réaliser que j'avais le bras tendu, la main désirant attrapper un songe, assise et réveillée sur la soie turquoise. Une foule de sensations m'assaillirent, piquante attaque après le coton evanescent de l'inconscience ; la frustration et la déception, mais aussi la sensation de la poussière amoncelée sur ma peau et mes cheveux, le velours doux de la robe, le poids du médaillon, de mes cheveux tombant dans mon dos, la tiédeur de la pièce, l'odeur lourde des fleurs trop nombreuses et fanées, le sang, la mort, la décomposition, le vernis de la porte, le parfum...
Le parfum...
Le seul...
Je clignai des yeux. Le seul parfum qui ait pu, par un contact suffisamment proche, modifier mon souvenir en rêve et me rendre à moitié la conscience. L'exaspération fut plus forte que la lassitude. Imbécile de femme qui espère ! Ce type n'est pas revenu depuis, depuis... Depuis qu'il t'a laissée tombée, cette odeur est là parce qu'il y vivait avant ! Désespérante, vraiment !
Une seconde, ma voix intérieure cessa de me houspiller. Je venais de remarquer quelque chose. Je baissai les yeux pour examiner mes mains. Elles frémissaient très légèrement. Faiblesse due au manque de sang, soyez-en sûrs. Cinq cadavres en un mois... J'aurais la force et la vélocité d'un humain que je ne serais pas surprise. Mais là n'était pas le problème.
J'étais éveillée. Je réfléchissais. J'étais en colère. J'étais redevenue moi-même...

Pourquoi ?

Parce que j'étais guérie ? A cette simple idée je sus que c'était impossible. Une autre option me vint alors ; vivre. Ou plutôt survivre. Les souvenirs, finalement, c'était trop intolérable. Je m'occuperais à toute heure, toute seconde de la journée, de la nuit, le plus possible - ne plus penser. Peut-être que j'arriverais à avoir moins mal... Cela ne pouvait pas être pire que de le perdre à nouveau, en songe.
L'odeur, insolente, continuait de déchaîner une tempête d'amour refusé et de passion giflée en mon âme. Déterminée à mettre fin à cette obsession, je me levai et avançai vivement vers la porte. Du moins, j'essayai. Mes gestes étaient infiniment plus lents, plus fragiles que je les voulais ; mes sens étaient engourdis, je supportais mal l'abysse entre l'inconscience et la conscience, la mort et la vie. La vie est douloureuse, la vie rend fou. C'est tellement plus confortable, rassurant, d'être mort. C'est de mourir qui est un problème...
J'ouvris la porte violemment (cette fois, je réussis à le faire comme je le voulais) et j'en payai le prix ; ma vue se troubla, mes oreilles sifflèrent et j'oscillai. Je clignai les yeux, levai les nuages rougeâtres devant moi et croisai mon souvenir. Je le toisai avec sérieux, et fureur même, persuadée que cette personne qui venait de surgir devant moi n'était qu'un nouveau délire de mon esprit torturée.

- Même en vrai, je dois supporter ça, grondai-je à voix basse (parce que je n'aurais pas réussi à parler à voix haute, tiens ==)

Je regardai ailleurs, derrière lui. Evitant ses yeux à tout prix.

- Bon, si tu pouvais disparaître comme dans mon rêve, ce serait sympa, poursuivis-je, et ma tentative de sourire cynique se solda en grimace de chagrin. Pas la peine de me rappeler que ce salaud est parti, je ne...

Je n'arrivais pas à être ironique. D'habitude, quand je souffrais, je rentrais ma douleur quelque part et je n'y pensais plus. Donnant ainsi l'impression que je n'avais pas mal, je pouvais consoler les autres, ou leur épargner l'ennui de ME consoler. Cette fois, je ne pouvais pas détacher ma souffrance de moi. C'était trop dur. Son parfum de miel, d'amande, de violette... La tristesse gomma tout et je ne finis pas ma phrase. Vaincue, je relevai des yeux étincelants de chagrin vers cette illusion sadique.
Tout sérieux, tout mépris s'était évanoui sur ma figure de pierre endormie. Pourquoi aurais-je fait semblant ? J'étais seule, avec ma folie...

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Vlad Dracul
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MessageSujet: Re: Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]   Lun 3 Aoû - 12:23

    Vlad reprit le chemin de la chambre où se trouvait Jade, et la croisa dans le couloir assombri par les volets fermés. L’obscurité n’était toutefois pas un problème pour voir, bien que cela reste gênant pour la rétine ; et il s’arrêta à quelques mètres d’elle. La surprise passa sur le visage angélique de Jade, avant de se confondre en colère sourde, son regard se voilant de noir.

    - Même en vrai, je dois supporter ça, murmura-t-elle, la voix souffreteuse.

    Ses yeux se perdirent dans le fond du couloir. Vlad se dit qu’elle perdait la tête. Il prit conscience de l’impact et du pouvoir qu’il avait sur elle. Elle avait perdu ses couleurs, ses mouvements étaient fatigués, et il en conclut qu’elle avait du rester murée dans son refus de le voir parti, durant le long mois de son absence. La princesse était dorénavant réveillée, mais elle pensait rêver.

    - Bonjour, Jade, murmura Vlad d’une voix douce, esquissant ensuite un sourire qui se fana bien vite.
    - Bon, si tu pouvais disparaître comme dans mon rêve, ce serait sympa, répliqua-t-elle, de mauvaise humeur, mais son ton fut noyé par un sanglot naissant.

    Vlad en eut un pincement au cœur.

    - Pas la peine de me rappeler que ce salaud est parti, je ne... continua-t-elle, sans pouvoir finir sa phrase, pleine de son délire.

    Le vampire ne bougea pas, ne fit aucun mouvement tendre dans sa direction, son visage s’était refermé sur lui-même. Il pinça les lèvres, fronça les sourcils pour lui-même, puis regarda Jade plus intensément.

    - Tant mieux si tu me prends pour un rêve. Les rêves finissent toujours par disparaître. Et quand j’aurais récupéré ce que je suis venu chercher, je repartirais et tu auras moins mal d’avoir seulement imaginé ma présence.

    Vlad fit quelques pas dans le couloir, passa à coté de Jade sans la frôler et entra dans une pièce adjacente, à la porte noire, qu’il ne prit pas la peine de refermer derrière lui. Il relacha ses poumons. C’était un bureau, assez petit, très bien fourni – quoique scrupuleusement rangé – où personne n’entrait jamais à part lui. Jade n’avait pas enfreint cette petite règle bien qu’il ait déserté la maison, il l’en remercia. Chercher ce qu’il voulait dans un bazar tel que celui qui régnait dans les autres pièces l’aurait mis très en colère.

    Une fine couche de poussière recouvrait les meubles, ternissant leur couleur et leur lustre. Des particules voletaient devant les yeux du vampire. Il fit le tour de la pièce du regard, puis se décida pour une grande armoire que supportait le mur de droite. Il caressa le bois et fit voler la poussière, puis tira le battant par la poignée. Des boîtes en carton recouvert de tissu, toutes de couleur pourpre, occupaient chaque espace libre. Il tendit une main au dessus de lui, et de l’index fit basculer l’un des rangements, qu’il posa sur le bureau. Un nuage de poussière s’envola lorsqu’elle rencontra le bois de la table de travail, que Vlad dispersa d’un mouvement de la main. Il saisi le couvercle de la boite et le souleva pour le poser à côté. Des papiers s’entassaient contre les parois, certains fripés, d’autres jaunis, tous bien rangés dans des pochettes ou des dossiers. Vlad se mordilla la joue de l’intérieur, plongea la main dans les feuilles et en sortit un petit paquet, qu’il feuilleta. Il secoua la tête, reposa le tas à côté, et recommença son manège avec un autre. Au bout de la troisième tentative, il sourit et brandit devant ses yeux un dossier plus vieux que les autres, titré à la main d’une écriture fine et penchée. Il le glissa sous son bras, rangea les autres dossiers dans la boîte et la boîte dans l’armoire, avant de sortir du bureau en passant son tas de paperasse entre ses doigts. Dans le couloir, il retrouva Jade. Il avait omis de bloquer sa respiration comme précédemment, et son odeur le frappa de plein fouet. Il s’arrêta net à quelques centimètres d’elle, s’autorisa une petite seconde durant laquelle il ferma les yeux, le temps de se reprendre. Il ouvrit les paupières et son regard croisa celui de Jade, perdu, achevé par la tristesse, où se mêlait même la dureté noire de la haine naissante. Il se mordit la lèvre inférieure avec force, tant ce spectacle le blessait. Il ravala sa salive et inspira une grande bouffée d’air. Erreur, le doux parfum vint glisser dans sa gorge jusqu’à ses poumons. Il se demanda pourquoi il était encore là, et après grand effort tourna le dos à Jade en continuant jusqu’au bout du couloir, où il disparut.

    Il sortit de la maison presque en courant et, une fois à l’extérieur de la propriété, posa une main sur le mur qui l’entourait. Il leva le dossier sous ses yeux, le regarda sans le lire, le regard songeur et les traits durcis. Il sentait dans son dos la présence étouffante et brulante de sa maison, de Jade. Il eut envie de retourner sur ses pas, de serrer Jade dans ses bras, de caresser ses lèvres des siennes, de la retrouver ; mais il ferait plus de mal que de bien. A elle autant qu’à lui. Le marché était clair : « prouve-nous ta loyauté durant un an, et tu auras la réponse à ta question, Dracula ». Pour cela, il devait s’éloigner de sa vie d’avant. S’éloigner de Jade, celle qui avait tué Maria Stella. S’éloigner de tout ce qu’il aimait : sa liberté, ses plaisirs, pour servir les Volturi. Mais quelque chose le retenait encore ici, devant cette maison, dans cette maison, quelque chose qui ne se décrit pas ; un instinct. Il avait peur, maintenant qu’il avait vu l’état de Jade, qu’elle ne fasse une bêtise. Il soupira, frappa le mur du poing – eut la décence de ne pas taper trop fort – et se retourna. Il croisa alors les prunelles rougeoyantes de l’être aimée.
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Jade Volturi
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MessageSujet: Re: Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]   Lun 3 Aoû - 21:16

- Tant mieux si tu me prends pour un rêve. Les rêves finissent toujours par disparaître. Et quand j’aurais récupéré ce que je suis venu chercher, je repartirais et tu auras moins mal d’avoir seulement imaginé ma présence.

L'homme de ma vie, la subsistance de mon âme se coula à mon côté et fila dans un souffle.
Je l'entendis avancer, d'un pas rapide et raide, peut-être agacé, peut-être empressé. Je le sentis lorsqu'il passa près de moi embuer mes poumons de son parfum. J'aurais voulu toucher sa peau, ses cheveux, je levai une main mais il n'était plus là. Lentement, très lentement, mon esprit prenait conscience de ce qui se passait. Le Vlad de mes souvenirs ne sentait pas si bon, il ne déclenchait pas dans mes muscles cette tension amoureuse, il ne parlait pas avec autant de réalisme ; c'était un fantôme né de mon imagination. Lui, lui... Un sanglot énorme monta dans ma gorge et je fus obligée de m'appuyer sur une commode pour ne pas basculer. Etait-ce du soulagement, qui me tordait la gorge et secouait mes membres ? Un soulagement si violent qu'il me fut impossible de reprendre mes esprit tout de suite. Un parfum aimé, vivant, réel, adoré encore et toujours descendit dans mes poumons. Ce fut comme un électrochoc ; ouvrant les yeux tout à coup, ôtant la paume de mon visage, je sursautai en cherchant alentours. Il n'y était plus. Le contrecoup fut douloureux, c'est le moins qu'on puisse dire. Il y a quelques jours je serais retournée m'allonger et j'aurais retrouvé mon rêve de silence et de fausse mort. Aujourd'hui, je secouai la tête pour redonner un peu d'ordre à mes pensées (effort vain) et m'engageai dans le couloir.

J'avançais avec lenteur parce que j'étais faible. Et cela ne me dérangeait pas. Je voulais prendre le temps de réaliser la chance, l'inouï hasard qui venait de redonner à mon existence une raison de revenir au grand jour. Revenir, retrouver, retour. C'était bien cela, un retour. Il était revenu...

S'il était là, c'était qu'il ne s'était pas lassé de moi comme il m'en avait avertie, il y a quatre ans - ces mots n'avaient jamais quitté ma mémoire, gravés d'une plume crochue. S'il était là, c'était qu'il n'était pas ailleurs, qu'il avait choisi de venir, et moi je l'avais accueillie si mal, j'aurais dû lui sauter dans les bras et ronronner de joie ! Car oui, à présent que l'incrédulité et la stupeur s'étaient évanouies, c'était ce que je ressentais. Un cocktail explosif et délicieux de joie enivrante, d'euphorie grisante, d'excitation exaltatante. Mon amour, mon prince, m'aimait toujours. Il était si près... Si près... Je me gorgeais avec délectation de ce parfum dont je m'étais droguée de vapeurs vieillies. L'original était tellement plus... Tellement plus... Précieux ! Plus j'avançais, plus je retrouvais celle que j'étais vraiment.
Ce que je n'avais pas réalisé quand je vivais avec Vlad, c'est que je deviendrais si proche de lui qu'une partie de moi s'y accrocherait à jamais. Qu'il parte, je changerai, je sombrerai, je ne serais plus moi-même. Il était ma moitié, sans laquelle je n'étais plus qu'une demi-âme et un demi-cadavre sans intérêt et sans avenir. Oui ! Il était le sang qui coulait dans mes veines, l'air qui gonflait mes poumons, voilà pourquoi j'avais tant flotté dans la mort, la vie c'était lui, lui parti, quelle vie aurais-je eue ?

Je suivis sans me presser le chemin frais de son arôme. L'excitation me vrillait les entrailles, l'impatience me faisait frémir. Un sourire - cela faisait longtemps - naquit sans le vouloir sur mes lèvres empressées. Je souriais en essayant de ne pas trop me laisser aller, et la craquante grimace que je lui cachai, de la femme amoureuse qui essaie de se contenir, il ne la vit pas. Dommage pour lui, tant mieux pour moi. Il n'était qu'à un pas de moi, je veux dire, un pas de vampire. Une distance respectueuse que je laissai entre nous autant pour me calmer, m'habituer à sa présence que pour lui.
Il venait de frapper le mur, mur qui résonna jusque dans ses racines de cet uppercut sévère. Ma joie se troubla. N'était-il pas content de me voir, lui aussi ? Il choisit cet instant pour remarquer ma présence et se retourner. Il tenait un dossier à la main, un très vieux dossier jauni. Je m'en fichais. Je levai les yeux vers lui, pour la première vraie fois depuis son départ, et une nouvelle fois ne pus m'empêcher de sourire. Cette fois, un sourire doux, accueillant, timide aussi. Mon excitation, mon délire venaient d'être considérablement refroidies par cette manifestation de colère. Ses yeux, ses yeux... Le mauve était sombre, remuant volcan de violettes, tourmenté par des secrets auxquels je n'avais pas accès. Moi, je lui montrais mille excuses, cent merci, une dizaine de mots d'amour et un seul sentiment.

Un silence délicat s'installa entre nous. Doucement, comme pour ne pas l'effrayer, je m'approchai de lui. Le soleil était éclatant, les arbres projetaient leur ombre strucutrée sur les deux blancs vampires. Des diamants naissaient sous les rayons, des joyaux s'examinaient dans l'ombre et la lumière mélangées.
Une fois tout prêt de lui, je fermai les yeux et inspirai une longue bouffée. Le torrent de joie et de tendresse qui m'envahit m'ordonna d'ouvrir les paupières, et je le fis. J'ignore quel regard fou d'amour et de bonheur j'arborai, et je m'en fichais. Tout ce que je voulais c'est qu'il me dise à nouveau "Je t'aime." Mon prénom, aussi, avec son sourire en coin... Ses taquineries, ses caresses... Son amour.
Le vent souffla doucement, mes cheveux dansèrent dans mon dos. J'étais calme, extraordinairement calme. Mon sourire devint bouche soucieuse. Et ma voix, dépourvue de toute animosité, chargée de douceur, s'éleva dans la bise.

- Tu m'as mortellement manqué...

Une pointe de malice brilla dans mes yeux, mais je gardai mon sérieux.

- Je t'aime, Vlad, je te l'ai déjà dit et je te l'ai plusieurs fois prouvé, murmurai-je. S'il le faut encore j'essaierai. J'aurais voulu te suivre pour te convaincre de rester, que nous étions faits l'un pour l'autre, les usages, quoi. Et tu es là.

Le flamboiement qui remplaça la malice ne laissa aucun doute sur la valeur de ces trois petits mots.

- Si nous avions été humains, j'aurais voulu de toi un mari, des enfants, une vie, une mort. Nous sommes vampires. J'ai donc suffisamment de force et assez peu de principes pour tout tenter pour te garder. Je ne me laisserai pas faire une deuxième fois... Si tu repars, je découvrirai pour quoi et pour qui et rien ne m'empêchera de faire ce pour quoi je suis née.

Ce discours ne me ressemblait pas, je le savais... Pourtant il était nécessaire. S'il n'était passé que pour repartir, là, il allait me tuer.

- Ma vie n'a plus d'importance sans toi...

Voyait-il à quel point j'avais envie de rire, de l'embrasser, de l'étreindre et de fêter son retour, au lieu de parler de choses aussi effrayantes ?

- Vlad...

Déchirée, je m'approchai jusqu'à ce que nos nez se touchent. L'embrasser... Non, je ne le forcerai pas. Non, je ne... C'était si dur ! Je me foutais de ces papiers qu'il enlevait. Mais la réponse m'importait. Je fixai Vlad sans aucune animosité, seulement un amour impatient et un doute calme. J'étais si heureuse de le retrouver... Et... Lui ?

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Vlad Dracul
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MessageSujet: Re: Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]   Lun 3 Aoû - 22:13

    Vlad se figea sur place, rangea le pied qu’il avait avancé pour entrer à nouveau dans la maison qui avait été la sienne. Qui l’était toujours, peut-être. Jade lui offrit un sourire, ses lèvres à lui restèrent obstinément immobiles.

    - Tu m'as mortellement manqué... murmura-t-elle d’une voix douce et chargée d’affection, qui fit grimacer le vampire.

    Il aurait voulu répondre « tu m’as manqué chaque jour passé, Jade », mais c’aurait été envenimer sa situation. Les mots, lorsqu’ils sont passés sous silence, sont toujours moins dangereux. De plus, elle n’avait pas été la seule à l’habiter. L’autre voix, durant le mois écoulé, s’était faite plus présente que jamais dans son esprit, répétant inlassablement, comme une cassette qui tourne en boucle, les mots qu’elle lui avait soufflé la fameuse nuit de leur rencontre. Des mots qui avaient commencés à germer dans l’esprit de Dracula. « Vous êtes mauvais. J’aurais voulu que vous ne le soyez pas. » Les enfants indonésiens qui étaient entrés chez lui – chez eux –, et que Vlad avait retrouvés sous chaque bras de Jade… il ne les avait pas tués. Elle le possédait véritablement, le bouffait, et il souhaitait plus que tout s’en débarrasser. Ou bien se débarrasser de Jade.

    - Je t'aime, Vlad, je te l'ai déjà dit et je te l'ai plusieurs fois prouvé, déclara-t-elle, et le vampire ferma les yeux un bref instant. Lorsqu’il les rouvrit, ils étaient plus calmes. S'il le faut encore j'essaierai. J'aurais voulu te suivre pour te convaincre de rester, que nous étions faits l'un pour l'autre, les usages, quoi. Et tu es là.

    Oui, il était là. Et alors ? Il repartait. Il devait. Il ne voulait pas, et en même temps le désirait ardemment, s’éloigner d’ici le plus vite possible, mettre de la distance entre Jade et lui.

    - Je ne reste pas, Jade, murmura-t-il, si faiblement qu’il eut lui-même du mal à s’entendre – les mots résonnaient toutefois avec force dans son esprit.
    - Si nous avions été humains, j'aurais voulu de toi un mari, des enfants, une vie, une mort. Nous sommes vampires. J'ai donc suffisamment de force et assez peu de principes pour tout tenter pour te garder. Je ne me laisserai pas faire une deuxième fois... Si tu repars, je découvrirai pour quoi et pour qui et rien ne m'empêchera de faire ce pour quoi je suis née.

    Vlad inspira une bouffée d’air, qu’il garda un moment avant de souffler doucement par la bouche. Il pinça les lèvres, cligna des yeux, les détourna un bref instant et redevint statue de marbre. Il ne doutait pas des paroles de Jade.

    - Ma vie n'a plus d'importance sans toi...
    - Jade, ne complique pas les choses… lâcha-t-il dans le même murmure que précédemment, presque une supplique, un couinement quasi-inaudible.

    Ne vois-tu pas que je souffre autant ? pensa-t-il ardemment. Mais s’il restait, il souffrirait toute sa vie pour une autre ; Jade aurait l’impression de faire ménage à trois. Il devait rester éloigné, le temps de La trouver, le temps de prouver aux Volturis qu’il méritait l’information – ne doutez pas de l’état épouvantable dans lequel ça le mettait de courber ainsi la nuque. Une fois qu’il saurait, il choisirait. Il savait que cela s’imposerait de lui-même. Il était confiant.

    - Vlad...

    Elle s’approcha, si près qu’il sentait son souffle sur sa bouche. Il parut perdre un peu conscience, leva une main, lentement, caressa ses cheveux sans les toucher, ferma les yeux, approcha ses lèvres, près à l’embrasser… Mais il parut se reprendre et fit un bond en arrière.

    - Non, Jade ! mit-il en garde.

    Il respirait plus fort, ses sourcils étaient froncés. Il se dit que perdu pour perdu, quitte à ne pas se la trainer derrière lui, il lui devait la vérité. Il s’humecta les lèvres, et partit vers la maison, passant à côté de Jade.

    - Viens, ordonna-t-il.

    Elle le suivit tandis qu’il rentrait et s’installait dans le salon. Son dos était raide sur le canapé. Il désigna le fauteuil en face, qu’elle s’y assoit, il ne la voulait pas à coté de lui. Une fois qu’elle fut installée, il s’éclaircit la gorge.

    - Je le conçois, je te dois une explication.

    Il inspira longuement, et regarda Jade droit dans les yeux.

    - Ce mois-ci, entama-t-il, je suis parti pour tenter de retrouver celle qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Celle que j’aime.

    Autant y aller fort dès le début, voilà de quoi la refroidir. Mais était-ce la bonne solution ?

    - Je te passe certains détails de mon périple ; je me suis simplement retrouvé chez les Volturi. Vraisemblablement, elle en faisait parti, ou avait été commanditée par eux pour me transformer – j’étais, à l’époque, un humain assez connu chez les vampires pour susciter un vif intérêt. Les Volturi me voulaient dans leur rang, et plus encore une fois qu’ils eurent pris connaissance de mon don. J’ai toujours décliné leur offre, assez pour qu’ils m’aient dans le nez. Aro n’a jamais lâché le morceau, et chaque fois que je le croisais il tentait une nouvelle approche. Lui, Caïus, Marcus ou un autre. Il y a trois semaines, cependant, alors que je les avait toujours fuis, c’est moi qui suis venu à eux... Et j’ai conclu un marché avec Aro. Je pense que tu peux deviner de quoi il s'agit.

    Il lui offrit un sourire sans joie aucune.

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MessageSujet: Re: Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]   Mar 4 Aoû - 12:45

L'espoir d'un retour désiré, d'un nouveau baiser... Comme dans un rêve, un beau rêve celui-là, le magnifique vampire s'approcha de moi, ses mains frôlant presque mes cheveux, son visage se penchant sur le mien... Il était là, il n'était pas ailleurs, il était de retour, il était venu pour moi ! A l'intérieur de mon tendre petit coeur, une chanson superbe susurrait son hymne en de tendre mélodies, et j'étais prête à savourer l'exquise saveur de ses lèvres quand...

- Non, Jade !

Le charme fut rompu.
En moi, tout se tut. L'espoir, la joie, l'impatience... L'amour. Un profond silence tomba, lourd et froid métal, sur nous et sur mon âme. C'était différent du jour où il m'avait quittée, des maintes fois où il m'avait repoussée. C'était un cri suppliant, un ordre frustré, et jamais, non, jamais Vlad ne m'avait fait ça. Me demander d'un couinement faussement outré de me tenir loin de lui, de le rejeter autant que lui le faisait. Sa figure, que j'aurais voulu caresser du bout des doigts, de pleine bouche, était emplie de contrariété. Ces soucis qui m'étaient étrangers m'empêchaient de m'approcher de lui. Cette obscurité qui aurait dû disparaître de ces prunelles en me retrouvant, elle y était encore. Qu'est-ce que cela voulait dire ? Mon beau sourire s'évanouit. Il continua à me toiser, peut-être parce qu'il hésitait entre plusieurs comportements. Moi, si je ne bougeais ni ne parlais, c'était pour une autre raison.
Je venais de comprendre ce que le doute précédent m'avait suggéré. Vlad n'était pas revenu pour moi. Il était repassé, plutôt. Pour ces foutus papiers.

- Non quoi ? Non, ne m'aime plus, ou non, je ne t'aimerai plus ? Sais-tu seulement ce que tu veux ?

Il me lança un regard mauvais, dont j'ignorais s'il m'était réellement destiné, et se dirigea vers la maison. Sans me répondre, bien entendu. Habituée, même après une séparation violente, à mon imprévisible amant, je le suivis en n'ajoutant rien.

- Viens.

Il entra au salon - comme c'était étrange, de se revoir ensemble dans une pièce, non plus amoureux mais étrangers - et je fis de même. Vlad, non, le Comte Dracula s'assit sur le canapé, ce même canapé où nous avions passé nos derniers instants de tendresse, et me désigna le fauteuil d'en face. Ah. D'accord. J'avais oublié à quel point il pouvait se montrer vexant. Déçue, fatiguée, lasse de ses fantasques, je m'assis sans émettre de protestation. Il me fixa un moment, toujours aussi agressif dans ses oeillades, tandis que moi j'étais juste désabusée. Désabusée et triste.

- Je le conçois, je te dois une explication.
- C'est effectivement l'option la plus sage, murmurai-je d'une voix sourde.

Personne, personne ne connaissant et mon don, et mes tendances violentes ne me prend à la légère. Pas quand c'est un sujet qui peut me mettre en colère. Même lui, Dracula, se souvenait de ce que j'étais capable. Peut-être bien que c'était pour ça que je lui faisais peur, qu'il ne m'aimait plus. Il avait réalisé qu'il était en partie dépendant et influençable, et cela l'effrayait. Moi qui croyais qu'il avait dépassé ce cap... A cet instant, l'idée qu'une autre femme l'ai conquis ne m'effleura même pas l'esprit. Déjà qu'il avait mis un demi-millénaire à aimer, et bien des jours pour l'accepter, il n'avait pas, en un mois, changé radicalement de comportement ! Du moins, c'était ce que je croyais.

- Ce mois-ci, je suis parti pour tenter de retrouver celle qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Celle que j’aime.

Silence.
Lent, menaçant, intense silence.


- Celle que tu aimes... répétai-je avec un air rêveur, faussement intéressé, qui rappelait à s'y méprendre une autre personne.

Je revins plonger mes yeux, flamboyants, dans le trouble de l'améthyste avant de poursuivre. Un sourire ironique, cruel se dessina doucement sur mes lèvres. Autre emprunt, ce sourire.

- Serais-tu devenir romantique au délire, au point de te faire amant papillon et fôlatre ? Le grand Dracula, bourreau de son propre coeur... Ainsi donc, Maria Stella avait tort sur beaucoup de choses, mais peut-être pas sur les hommes.

J'étais déjà passée par un paroxysme de chagrin, de désespoir et de folie assez vif pour en être vaccinée. Tout ce que je ressentais, c'était une sourde fureur, une jalousie dévorante, et une déception chagrinée. J'étais calme, très calme. Etonnament calme. Peut-être parce que je n'avais pas bu assez de sang... Mon comportement en était sans doute un peu altéré.

- Mais vas-y, conte-moi tout, que je puisse apprécier pleinement la saveur de ton récit...

Il prit une profonde inspiration et se lança.

- Je te passe certains détails de mon périple ; je me suis simplement retrouvé chez les Volturi. Vraisemblablement, elle en faisait parti, ou avait été commanditée par eux pour me transformer – j’étais, à l’époque, un humain assez connu chez les vampires pour susciter un vif intérêt. Les Volturi me voulaient dans leur rang, et plus encore une fois qu’ils eurent pris connaissance de mon don. J’ai toujours décliné leur offre, assez pour qu’ils m’aient dans le nez. Aro n’a jamais lâché le morceau, et chaque fois que je le croisais il tentait une nouvelle approche. Lui, Caïus, Marcus ou un autre. Il y a trois semaines, cependant, alors que je les avait toujours fuis, c’est moi qui suis venu à eux... Et j’ai conclu un marché avec Aro. Je pense que tu peux deviner de quoi il s'agit.
- Quel suspense ! Attends, je crois savoir... Tu veux retrouver cette fameuse créatrice, c'est cela ? Non, attends (un petit rire mauvais m'échappa) la catin des Volturi, oui, ce serait plus approprié. Tu ne trouves pas ?

Le voir en colère me blessa, si je n'en montrai rien, et me fit très mal au coeur. C'était une des pires réactions qu'il puisse m'offrir.

- Excuse-moi, mais il me semble que j'étais déjà été traitée de putain pour moins que ça. Qu'est-ce qu'elle fait dans la vie ? Oh, rien, elle séduit et couche deci-delà pour renflouer les rangs des collectionneurs... Qui es-tu, au juste ? Qu'as-tu fait du Vlad que je connaissais ?

C'était ahurissant de réaliser que cet homme, ce vampire, qui avait eu tant de mal à avouer et à assumer notre relation, m'annonçait qu'il me quittait pour une autre. Une pute, en plus.
Je me penchai au-dessus de la table, inspirant pour la dernière fois sa divine odeur.


- N'étant pas un bouche-trou, et n'appréciant pas d'être juste un deuxième choix, je suppose que ça veut dire qu'on se sépare ?

Un hurlement strident explosa dans ma tête, me criant de retirer ces mots, de les enterrer et de les oublier. Mais ma propre voix savait qu'il devait en être ainsi. Il était revenu... Pour ne plus jamais revenir.
Avant qu'il ne réponse, je levai la main pour lui signaler que je n'avais pas fini.


- Je veux t'entendre le dire, Dracula. regarde-moi dans les yeux et dis-moi que tu ne m'aimes plus. Tu pourras partir, revenir prendre ce que tu veux, je continuerai ma vie ici. Retrouve ta salope et amuse-toi bien avec elle, puisse-tu être heureux, c'est tout ce que je veux. (pause, durant laquelle le masque s'évapora, pour revenir aussitôt) Cache-là si tu la retrouve avant moi, mon cher Comte. Car si je la trouve, Maria Stella elle-même serait fière de moi.

Je me levai, et attendis. La sentence...

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Dernière édition par Jade Edwinks le Mar 4 Aoû - 17:53, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]   Mar 4 Aoû - 13:45

    - Celle que tu aimes... Serais-tu devenir romantique au délire, au point de te faire amant papillon et fôlatre ? Le grand Dracula, bourreau de son propre cœur... Ainsi donc, Maria Stella avait tort sur beaucoup de choses, mais peut-être pas sur les hommes. Mais vas-y, conte-moi tout, que je puisse apprécier pleinement la saveur de ton récit...

    J’eus une envie extrêmement puissante de la gifler. Cela dû clairement se voir dans mes yeux, qui virèrent à un noir aussi intense que mon désir de la frapper. Moi, porter la main sur Jade ? C’était une première pour moi. Sans doute parce qu’elle montrait là un visage que je n’avais pas encore vu sur elle. Je savais pourquoi j’aimais Jade, parce qu’elle était douce, gentille, aimante, et en cela elle était faible. J’avais toujours haï les personnes qui me tenaient tête. Elle, elle avait été aussitôt charmée, aussitôt à mes pieds. Elle m’avait distrait, d’abord, par sa candeur et sa folle jeunesse ; puis envouté par ses charmes et ses remarques espiègles. Aujourd’hui, je rencontrais une Jade que je n’aimais pas. Tant mieux, me disais mon ego, ce sera plus simple. Mon cœur, lui, hurlait à la mort, et ça faisait très mal. Les blessures intérieures sont toujours les plus douloureuses.

    Quoi qu’il en soit, je lui accordais le bénéfice du doute pour cette tirade digne de Maria Stella – je ne l’avais pas ménagée non-plus - et entamait mon récit.

    - Quel suspense ! Attends, je crois savoir... Tu veux retrouver cette fameuse créatrice, c'est cela ? Non, attends (elle laissa échapper un rire mauvais, qui s’infiltra par mes oreilles et continua de grésiller dans ma tête), la catin des Volturi, oui, ce serait plus approprié. Tu ne trouves pas ?

    Je me figeais, serrais les mâchoires, ma lèvre prise d’un tic nerveux qui voulait que je montre les dents. Je retins un grondement, mon expression suffisait à lui prouver qu’elle allait dans la mauvaise direction. Je gardais la bouche fermée, de peur de sortir une parole que je regretterais sans doute. Elle ne savait pas ce qu'elle disait.

    - Excuse-moi, mais il me semble que j'étais déjà été traitée de putain pour moins que ça. Qu'est-ce qu'elle fait dans la vie ? Oh, rien, elle séduit et couche deci-delà pour renflouer les rangs des collectionneurs... Qui es-tu, au juste ? Qu'as-tu fait du Vlad que je connaissais ?

    Ok. Respire. Je fermais les yeux, inspirais, les rouvrait, expirais lentement.

    - Il est mort avec toi, murmurais-je doucement, assez bas pour m'empêcher de hurler.

    Je comprenais. Elle était en colère, oh, oui, mais je l’avais cherché. Cependant, je n’avais jamais été autant en fureur qu’à l’instant même. Je voyais rouge. Je me voyais me lever, la punir, pour l’instant cela me suffisait. Je savais que si je succombais à mes pulsions meurtrières, je pourrais très facilement aller jusqu’à la tuer. D’un simple petit mot. « Meurt ».

    - N'étant pas un bouche-trou, et n'appréciant pas d'être juste un deuxième choix, je suppose que ça veut dire qu'on se sépare ?

    J’allais ouvrir la bouche pour la première fois depuis qu’elle me crachais sa hargne, lui répondre « oui, et surtout brule en enfer », mais elle leva la main, signifiant qu’elle n’en avait pas terminé. Je ravalais mes mots. Puis je calmais les muscles de mon visage, adoucissait mes traits, laissait couler ses paroles sur moi. Un sourire apparut sur mes lèvres, un sourire simple, comme si j’assistais à un joyeux spectacle de marionnette. Au point où elle en était, je me disais qu’elle avait dès lors dépassé un grand cap. Nous ne reviendrions plus en arrière. Le calme m’envahit, suivi d’un soulagement orgueilleux, qui étouffait mes sentiments au plus profond de mon âme.

    - Je veux t'entendre le dire, Dracula. regarde-moi dans les yeux et dis-moi que tu ne m'aimes plus. Tu pourras partir, revenir prendre ce que tu veux, je continuerai ma vie ici. Retrouve ta salope et amuse-toi bien avec elle, puisse-tu être heureux, c'est tout ce que je veux.

    Je me levais, quittais son regard nonchalamment, époussetais mes vêtement, avançais vers la sortie. Je posais une main sur la poignée et me tournais à demi vers elle.

    - Tu ne mérites même pas d’entendre ces mots, Jade. Pauvre Jade.

    Elle perdit son masque de dureté un millième de seconde avant de le rechausser de plus belle. J’attendis sa dernière remarque acerbe avec un sourire doux.

    - Cache-là si tu la retrouve avant moi, mon cher Comte. Car si je la trouve, Maria Stella elle-même serait fière de moi.

    Je me figeais un très bref instant, avant de sourire de plus belle, puis de faire une courbette dans sa direction.

    - Ce sera avec grand plaisir que nous t’accueillerons chez nous, ma chère Jade, chantonnais-je. Nos enfants seront ravis de rencontrer la personne qui servit de joujou à leur père durant quatre ans. Merci pour toutes ces distractions, mon amour.

    Je lui offrais un sourire méchamment ironique accompagnant mon dernier mot. Cette ultime tirade, je ne l’avais formulée que pour un plaisir masochiste, souhaitant la blesser autant qu’elle l’avait fait avec moi ; cela ne servirait qu’à la mettre en fureur un peu plus, qu’à me détester un peu plus. Tant pis.

    Je tournais les talons. Et déjà le remord, la peine mêlés à une rage infinie, me brouillaient les sens.


Dernière édition par Vlad Dracul le Sam 15 Aoû - 19:35, édité 1 fois
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Jade Volturi
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MessageSujet: Re: Ô Toi, mort amoureuse... [PV Vlad]   Mar 4 Aoû - 18:19

- Il est mort avec toi.

Le premier choc fut dur à encaisser. J'y parvins en poursuivant sur ma lancée. Je n'en tirai pourtant aucun plaisir. Quel plaisir aurais-je eu à m'enfoncer dans les méandres de la rupture et du dédain ?...

- Ce sera avec grand plaisir que nous t’accueillerons chez nous, ma chère Jade ! Nos enfants seront ravis de rencontrer la personne qui servit de joujou à leur père durant quatre ans. Merci pour toutes ces distractions, mon amour.

Un demi-millième de seconde durant, je me raidis si fort que j'en perdis l'aspect du vivant. Il était cruel, trop cruel, comment pouvait-il jouer avec moi de cette manière ? Les mots, tous les mots que je lui avais dit depuis tout à l'heure avaient le mérite d'être sincères. Et lui ? Mentir ? Possible, probable, certain. Non, plus rien n'était certain. Autrefois, je tenais pour certain que cet étranger m'aimait. Aujourd'hui, je tenais pour incertain qu'il m'est seulement, à une seule secone, respectée.
Un océan de colère et de chagrin envahit l'immensité de mon esprit, l'inondant jusqu'à en déborder, me noyant dans mes sentiments. Je sentais la fureur, l'incontrôlable, dévastatrice fureur des femmes trahies monter crescendo. Il avait à peine avancé devant moi, il était à portée de main : je pouvais me déchaîner sur lui. Me battre et me perdre dans la colère, puisque c'était la seule solution pour rester encore en vie... Oui, il fallait que je me batte. Que je détruise. Que je tue.
Mais jamais, ô grand jamais, je ne ferais sciemment du mal à Dracula.
Les taquineries, les monstruosités verbales, elles étaient toutes justifiées et véritables, et au fond, mon sourire démentaient leur ton, souvent. Le frapper, désirer sa fin, non. C'était celle de sa catin, que je voulais... Quoi que non. En vérité, je savais que je ne la chercherai pas. Si je le faisais, il me faudrait marchander avec les Volturi, destructeurs directs de mon existence, et surtout j'empêcherai le Comte d'être heureux. Et quand on aime, n'est-ce pas tout ce qu'on désire ? Rendue encore plus explosive par cette triste réalité, je sentis l'urgence former une boule dans ma gorge.

Ce fut comme si ma vie en dépendait ; bousculant le vampire, fusant à toute vitesse hors de la maison, je courus de toutes mes forces. Forces qui me revenaient au fur et à mesure que j'avançais, désespérément, vers la libération. Tout relâcher, hurler, exploser. Pleurer. Trouver Blake pour me consoler. Et m'aimer, un peu. Elle était la seule désormais...
Ce que je n'avais pas prévu, c'est que ça sortirait trop tôt.
Le cri déchirant qui s'échappa de ma bouche fit vibrer les arbres, frissonnant et se tordant presque. J'ignore quel sentiment je désirais laisser sortir, mais il était puissant, puissant et furieux. Le monde parut se mettre à trembler autour de moi, à bouger, bouger dans tous les sens, les oiseaux à tomber raides en se piquant sur le sol, le serpent à tomber de l'arbre et à se figer aussi dur que le bois, tout qui bouge, tout qui hurle, tout qui se déchire...
Halètement. J'ai le souffle court. C'est mon coeur qui s'est fait trop lourd, et m'empêche de respirer. Un silence dérangeant a pris la place de la stridulation de désespoir. Je regarde autour de moi, ne vois que des animaux morts. Ce n'était pas le même chant que celui qui avait rendu folle mon ennemie, au point de lui griller la cervelle ; c'était plutôt l'expression d'une détresse si violente qu'elle en faisait trembler l'univers. Je poussai un soupir, tendis la main vers les oiseaux et aspirai calmement leur sang infect. A peine les eus-je vidés que je les jetai derrière moi, sans aucun regret. Du sang. Voilà, il fallait que je boive du sang. Cela me ferait tout oublier, cela m'aiderait, cela me rendrait mes forces. Durant un tout petit moment, je retrouvai l'espoir.
Et puis je me souvins de ce qui m'avait fait si mal pour que j'en vienne à chanter un pareil son. Je m'assis et toisai mon visage dans la petite mare qui stagnait entre deux tumuli. Je ne vis qu'une boue sombre qui jouait avec la lumière. Etait-ce cela, mon vrai reflet ? Je sanglotai doucement. Sans aucun doute étais-je aussi banale, sale, laide et inutile que cette flaque de boue...

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